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Témoins de maintenant
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Mars 1999
 

Témoins de maintenant


Pardon aussi pour les Cathares


«On entend par fanatisme, une folie religieuse, sombre et cruelle ;
c’est une maladie qui se gagne comme la petite vérole.»
Voltaire


Le catharisme fut un phénomène religieux qui toucha l’ensemble des pays de la chrétienté et embrasa au Moyen Âge, tout le Languedoc.

Bien que chrétienne dans son essence, la religion cathare professait une doctrine différente du dogme romain. Voulant se rattacher au christianisme primitif par son ascendance apostolique, le catharisme fut déclaré hérétique par l’Église de Rome alors régente des consciences. La croisade militaire contre les Albigeois aboutit, en 1229, au traité de Paris dont le texte, inspiré par le cardinal de Saint-Ange, conduisit à la spoliation des comtes de Toulouse et servit de fondement aux prescriptions pour la répression des hérétiques.

Tout ne fut cependant pas pour autant résolu; soutenus par les populations, les cathares continuèrent de prêcher en cachette et entrèrent dans la clandestinité. Pour éradiquer complètement ce sursaut d’hérésie, l’Église mit au point un système juridique de répression extrême: la Sainte Inquisition.

Organisée par Grégoire IX en 1233, cette institution fanatique et brutale sévira pendant près d’un siècle pour éliminer le catharisme languedocien qui disparaîtra au XIVe siècle. En effet, au mois d’août 1321, le dernier parfait languedocien connu, Guilhem Belibasta, est condamné par les tribunaux inquisitoriaux à être brûlé vif à Villerouge-Termenès.

Dans un pays évangélisé depuis des siècles, la croisade imposée par le pape entraîna un cortège de massacres sans distinction, de pillages, de tortures et de bûchers qui firent des milliers de victimes et détruisirent la civilisation la plus brillante d’Europe, cel le d’Occitanie. Dans cet univers d’horreur et de mort, l’Église parvint-elle vraiment à maintenir l’unité de la foi? Jusqu’au XVIe siècle, elle devra faire face à une autre dissidence: la valdéisme.

Puis apparaît une autre hérésie aussi redoutable que le catharisme : le protestantisme. Rome gagna son combat contre les cathares et les vaudois, elle le perdit contre les protestants qui parvinrent à s’imposer malgré les massacres, les persécutions et les injustices des rois de France.

La chrétienté postmédiévale espérait une réforme de l’Église basée sur toutes les leçons tirées des fautes commises par le passé, il n’en fut rien, bien au contraire. En 1569, le pape Pie V, se réclamant disciple du Christ et de saint Pierre , écrit à Catherine de Médicis : «Ce n’est que par la totale extermination des huguenots que le roi peut rendre culte au noble royaume de France».

Qu’en est-il aujourd’hui de la position de l’Église romaine par rapport à la responsabilité de son lourd passé?

Le 30 septembre 1997, à Drancy, Mgr Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis, donne lecture d’une déclaration solennelle de repentance de tous les évêques demandant pardon aux juifs pour l’attitude passive et le silence complice de leurs prédécesseurs pendant l’occupation allemande et, implicitement, pour les siècles précédents d’antijudaïsme. Les conceptions théologiques du judaïsme, ne reconnaissant point le Christ comme messie, ont amené l’Église, au cours des siècles, à présenter le peuple juif comme responsable d’une faute indélébile et horrible, celle de déïcide. Certes, le nazisme et ses dirigeants portent la responsabilité de la shoah - de l’extermination systématique des résistants, des gitans, des tziganes, des homosexuels...- non le christianisme. Cependant par son mépris et son manque d’amour chrétien à l’égard des juifs, l’Église catholique a pêché en contribuant, dans le passé, à l’enracinement de l’antisémitisme dans les esprits.

Le texte romain sur la shoah et le devoir de mémoire, publié en mars par le Vatican, est très controversé, car il est demandé pardon pour des attitudes individuelles, jamais pour l’Église en général. En effet nombreux sont les historiens qui dénoncent le silence de Pie XII alors qu’il a été informé par Mgr Sapieha, évêque de Cracovie,de la terrible situation des détenus dans les camps de la mort en Pologne. Parallèlement, d’autres informations lui sont parvenues par l’aumônier de l’Ordre de Malte, le père Scavizzi, sur les assassinats en masse des juifs polonais. Enfin, les nonces ont toujours tenu informé le Vatican de la situation politique de leur pays respectif.

Ce texte du Vatican, qui s’est fait longtemps attendre, a suscité dans tous les pays de nombreuses critiques.

Aujourd’hui, si l’Église souhaite vraiment se repentir et regarder son passé avec courage, en exprimant publiquement ses fautes, elle ne peut se dérober ni par le silence, ni en louvoyant, car comme le déclare Mgr Gaston Poulain, président du Comité épiscopal pour les relations avec les israélites: «La notion de repentance n’est pas claire pour tout le monde. Il faudrait expliquer que l’Église d’aujourd’hui, en tant qu’institution, est solidaire et responsable de l’Église d’hier».

Si l’Église d’aujourd’hui est responsable de l’Église d’hier, il serait de juste mémoire et de repentance de ne pas oublier les cathares médiévaux car l’Inquisition fut d’abord créée pour combattre l’hérésie cathare. Cette abominable institution fut, à diverses époques, une atteinte criminelle à l’Évangile et aux droits de l’humanité. Plus tard le national socialisme s’en inspirera pour sacrifier aux dieux du nazisme. l’Inquisition et la lutte armée menées notamment contre les cathares sont une flétrissure de l’Évangile. Exprimer publiquement pardon pour le manque singulier de charité dont des chrétiens et des non-chrétiens ont été traités à Béziers et ailleurs, par les légats du pape et les croisés, serait aussi demander pardon à l’Évangile du Christ.

Aujourd'hui dans tous les milieux,religieux ou laïques, des voix s’élèvent pour réclamer de Rome un geste de justice dans la repentance. Un manifeste pour la défense de la mémoire cathare a circulé dans la ville rose (Toulouse), il a été signé ou cautionné, non seulement par des personnalités laïques, mais également par des prêtres catholiques. En février dernier, la pétition a été remise à Mgr Marcus, archevêque de Toulouse, qui la retransmettra en mains propres au pape Jean Paul II. N’ayant pas connaissance de ce texte, nous ne sommes pas en mesure d’en donner une quelconque analyse, nous laissons toute responsabilité à ses rédacteurs.

Le pardon de l’Église ne devrait pas être une courte et rapide déclaration verbale, comme l’a déjà fait Jean-Paul II pour l’Inquisition. Le pardon que nous souhaiterions ne se voudrait pas humiliation comme celle que le malheureux comte de Toulouse, Raymond VI, eut à essuyer le 18 juin 1209 ; contraint de se soumettre dans l’église de Saint-Gilles-du-Gard, où il se présenta au légat du pape qui, d’une main, lui administra les verges et de l’autre, lui passant une étole autour du cou, l’entraîna jusqu’au maître-autel où il reçut l’absolution.

Non, les cathares n’auraient pas souhaité cela, car l’Église d’Amour, l’Église de Jean, joint entre l’Évangile et la gnose, n’eût imposé aucune humiliation, ni connu l’Inquisition, ni la Saint-Barthélémy, ni les persécutions religieuses et raciales, ni la primauté donnée par l’Église catholique et romaine à certains concepts inhumains du thomisme allant jusqu’à déclarer que l’on peut mettre à mort un homme, fut-il innocent, pour plaire à Dieu.

Si l’Église romaine avait écouté la voix de ses sages, il y en avait! - trop peu certes, car elle aurait été écoutée - elle n’aurait pas, dans son aveuglement religieux et fanatique, sombré dans l’intolérance et commis l’irréparable.

Sans doute est-il, aujourd’hui, difficile pour Jean-Paul II de confesser la responsabilité de l’Église à l’égard des cathares et de tous les malheureux persécutés. Sans doute lui est-il difficile de pouvoir procéder à une réforme profonde de son institution sans renier une grande partie de ce qu’elle a enseigné depuis tant de siècles. La démarche de l’Église d’aujourd’hui est tardive et insuffisante, pour certains elle arrive même trop tard. Il faut cependant reconnaître, qu’en confessant publiquement ses fautes, elle fait une avancée importante dans son désir de repentance, son geste est méritoire. La barbarie n’a cependant pas pour autant disparu après Béziers, Marmande... ou Auschwitz, il y a toujours des peuples opprimés, des hommes bâillonnés, une planète saccagée et de nombreux silences insupportables.

Dans une Europe menacée par le retour d’un hideux fascisme, d’une néo-barbarie discriminatoire, raciste et fanatique, il n’est nullement inutile de reparler de toutes les horreurs du passé. Il n’est également pas inutile de vouloir sensibiliser tous nos frères humains, quelles que soient leur confession ou la couleur de leur peau, et enfin, il n’est pas inutile de chercher, dans la confusion chaotique de Babel, le langage d’amour et de tolérance susceptible d’unir les humains entre eux. Ce qui paraît plus absurde encore que le credo quia absurdum, c’est un monde inhumain et matérialiste qu’on pourrait nous imposer férocement par le fer, le feu et les chambres à gaz, car les valeurs évangéliques enseignées par les cathares reposaient sur le principe que rien n’est plus précieux que l’Homme.

Pour le jubilé de l’an 2000, un nouveau texte romain précisera la repentance de l’Église pour toutes les fautes et horreurs comm ises par le passé, espérons qu’elle demandera: Pardon aussi pour les cathares.
S’il est humain de pardonner aux bourreaux, il serait suicidaire d’oublier les martyrs.

Charles Galiana

Tiré à part de Spiritualité Cathare, Décembre 1998




 
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