catharisme
Spiritualité Cathare
extraits de «Spiritualité Cathare»
Introduction
(5/6)
 

extrait de «Spiritualité Cathare»
Introduction à l'histoire du catharisme
cinquième partie (5/6)

Texte de Charles Galiana

Extrait de Spiritualité Cathare, n° 36, hiver 1998


L'ÉGLISE ET SES RITES

Dans le travail précédent il a été essentiellement abordé la définition de l'Église cathare différente de celle généralement admise par les historiens. Suivant leur rituel et l'Évangile traduit en occitan, les Bons Hommes prêchaient : «En quelque lieu que soient deux ou trois personnes réunies en mon nom, je suis là au milieu d'elles» (Mat. XVII - 20). Peut-être est-ce la raison pour laquelle les cathares n'avaient pas de lieu de culte consacré.

Le Consolamentum ou baptême d'esprit a ensuite été examiné en soulignant son caractère délébile, c'est-à-dire non définitif, conduisant à son renouvellement en cas de faute grave. Seul le péché contre l'Esprit ou celui de la chair trouvait difficilement le pardon. En cas de chute, situation considérée comme exceptionnelle, le ministre cathare devait reprendre toute sa formation, toute son initiation depuis le début, afin de recevoir à nouveau le baptême spirituel par l'imposition des mains. De même, dans la logique du consolament, les officiants ne jouaient qu'un rôle d'intercesseur auprès de Dieu afin d'obtenir, par la prière, la rémission des péchés du néophyte. Au cours de la cérémonie, la grâce ou Esprit-Saint ne pouvait toucher le profès que dans la mesure où l'impeccabilité morale des assistants était effective. Absout et revêtu de l'Esprit consolateur, le nouveau baptisé allait suivre, durant sa vie terrestre, l'état de perfection conforme à l'enseignement évangélique et cathare.

Déjà au IVème siècle, Grégoire de Nysse (335-395) précisait que le baptême n'est fructueux que si l'âme renonce effectivement à ses vices, ce qui signifie que, sans purification préalable, l'Esprit consolateur ne peut toucher le récipiendaire. Quant à la femme, tant dépréciée au Moyen-Age par l'Église catholique, elle pouvait recevoir le Consolamentum et le retransmettre en cas de nécessité, alors que l'investiture du sacerdoce romain lui était refusée, même après Vatican II.

Le Consolamentum étant très différent de l'ordre romain, il ne peut, contrairement à la conception généralement admise, être considéré comme un sacrement.

Finalement, il a été rapidement effleuré la participation directe des Bons Hommes et des Bonnes Femmes à cette magnifique société occitane, avec un sens développé de l'Amour dans le message révélé par l'Évangile, car leur morale, leur conduite et leur croyance étaient profondément chrétiennes dans son essence. Sensibilisé par la pureté de ces Bons Chrétiens, près de sept siècles après le bûcher de Montségur (1244), Déodat Roché (1877-1978) fera graver, en 1960, sur la stèle commémorative de l'holocauste, située au bas du «pog», dans le camp dels cremats (le champ des brûlés), l'épitaphe suivante :
ALS CATARS
ALS MARTIRS
DEL PUR AMOR
CRESTIAN
16 MARS 1244


LA CONSOLATION DES MOURANTS

A l'article de la mort, les laïcs désireux de faire une bonne fin entre les mains des fidèles chrétiens, recevaient aussi le consolament après un enseignement sommaire sur leur lit de mort. Il leur était demandé de faire vœu d'abstinence sachant que ceux-ci n'étaient pas définitifs au cas de guérison. Le baptême d'esprit, donné aux mourants, est également considéré par la majorité des historiens comme remplissant les mêmes fonctions sacramentelles d'ordination et d'absolution des péchés sauvant l'âme du moribond. La croyance au salut par l'imposition des mains des parfaits, au moment de la mort, relève, nous semble-t-il, de la superstition populaire très forte au Moyen-Age, car la peur de l'enfer est un des grands faits sociaux du temps. Cependant, les derniers cathares, Jacques Authier et Guilhem Bélibaste, mettaient en garde les fidèles qu'ils ne pourraient faire une bonne fin, sur simple intervention des Bons Hommes, car leur ministère ne consistait nullement à délivrer les sauf-conduits pour entrer directement dans la Jérusalem céleste si l'intéressé n'avait, auparavant, fait le bien durant sa vie. Cette mise en garde des ministres cathares signifie bien que l'absolution des péchés était subordonnée à des critères de catharsis, de purification préalable, de perfectionnement intérieur et d'amour du prochain, ce qu'enseigne d'ailleurs l'Évangile.

Dans les pays où la religion cathare était très répandue, comme en Languedoc, les mourants faisaient appel soit à l'Église catholique, soit aux Bons Hommes, selon le secours souhaité, pour recevoir les derniers «sacrements», Celui qui désirait mourir en cathare demandait le Consolamentum des mourants, le baptême d'esprit, et ipso facto se donnait à l'ordre en s'engageant à suivre les préceptes évangéliques, Si le moribond recouvrait la santé, il lui était possible de soumettre son avenir terrestre en suivant les sévères obligations de la règle cathare, c'est-à-dire rechercher de toutes ses forces l'état de perfection : devenir un saint homme.

Si l'impétrant était âgé, il pouvait finir sa vie dans un hospitium - maison de parfaits. Dans tous les cas de figure, jeunes ou âgés, aucune contrainte n'était exercée et chacun était parfaitement libre de retourner dans le siècle, s'il le désirait.


LA CONVENENSA OU PACTE

Pour obtenir le Consolamentum des mourants, il fallait être en état de comprendre et de parler. Après la première croisade de 1209, la répression s'intensifie de plus en plus et le problème de la mort soudaine, sans pouvoir prononcer l'oraison entre les bras des Bons Chrétiens, se pose. Pour pallier une telle éventualité, l'Église cathare instituera une convention, un pacte entre le croyant et son Église. Par ce pacte, appelé convenensa en occitan, l'Église s'engageait à accorder le baptême d'esprit quand bien même l'intéressé serait en état de péché ou dans l'incapacité de réciter le Pater ou encore aurait perdu la connaissance. La Convenensa permettait donc de mourir dans l'espérance que Dieu pardonnerait au pécheur, par l'intercession des Bons chrétiens, et ainsi de se réincarner dans un corps de juste.


LA HIÉRARCHIE

La hiérarchie cathare n'a jamais été aussi compliquée et ostentatoire que celle de l'Église catholique, elle n'a également jamais été définie avec précision. On peut cependant avancer que la première dignité est celle de l'évêque assisté d'un fils majeur, d'un fils mineur et d'un diacre. A la mort de l'évêque, le fils majeur devenait évêque et le fils mineur passait fils majeur. Certains auteurs ont volontiers assimilé le diacre au fils majeur. Par exemple, le plus célèbre des parfaits d'Occitanie, Guilhabert de Castres, aurait eu comme fils majeur, qui lui succéda, le non moins célèbre Bertrand Marty dont on peut suivre les activités incessantes à Fanjeaux, Limoux, Dun, Laurac ... qui le conduisirent finalement à Montségur où il fera figure de chef spirituel et politique. Il mourut, avec ses frères en esprit, sur le bûcher de Montségur, le 16 mars 1244.

L'évêque était le chef d'une église. De fait, il n'y eut que peu d'évêques. Avant le concile cathare de Saint-Félix-de-Caraman, dont le néologisme est Saint-Félix-du-Lauragais, il n'y avait que deux évêques, l'un à Albi, l'autre en France. Le concile cathare présidé par le papas Niquinta, évêque de Dragovitie, eut pour mission de réorganiser et de créer de nouvelles Églises. Il y eut ainsi quatre nouvelles Églises : Agen, Toulouse, Carcassonne et la Lombardie.


CROYANTS ET SYMPATHISANTS

Croyants et sympathisants constituaient l'ensemble du corps laïc. Les premiers partageaient régulièrement l'enseignement donné par les Bons Hommes, car leur foi et leur motivation religieuse étaient sincères.

Les sympathisants pouvaient l'être pour des raisons religieuses, sans pour cela assister régulièrement aux prêches. On sympathisait également par admiration portée aux cathares, ces Hommes et ces Femmes dont le dévouement désintéressé était exemplaire. On pouvait aussi être pro-cathare pour des raisons politiques, par haine de l'occupant, de l'Église romaine ou tout simplement par désir de justice et de vérité.

Pendant les persécutions, cette masse de fidèles représentait une force extrêmement importante dans la résistance cathare, les Bons Hommes trouveront d'ailleurs refuge et aide inconditionnelle parmi eux.

Il est difficile à notre raison moderne de se placer dans le contexte historique et religieux de l'époque, on peut cependant soutenir que le catharisme s'est prolongé en Occitanie jusqu'au XIVème siècle par l'aide spontanée de la majorité des populations directement ou indirectement sensibles à «l'hérésie» cathare. Nous plaçons volontiers le terme d'hérésie entre guillemets, car près de huit siècles après le bûcher de Montségur, on peut toujours s'interroger, comme le faisait d'ailleurs Shakespeare, qui étaient les hérétiques : ceux qui périssaient dans les flammes ou ceux qui allumaient les bûchers ?

Aimable paradoxe cependant de constater qu'une frange du clergé catholique, si faible soit-elle, sympathisait avec «l'hérésie» ou avait embrassé le catharisme qu'il pratiquait en cachette ! Dans certaines églises catholiques du Languedoc, croyants et sympathisants assistaient à des prêches donnés par un parfait ou le curé lui-même gagné au catharisme.

Si la plupart des croyants ne possédaient pas une foi suffisamment forte leur permettant d'atteindre l'élan spirituel pour devenir parfait, c'est néanmoins parmi eux que se recrutaient les nouveaux ministres.


LES RITES

Outre le baptême d'esprit et la convenensa, d'autres règles liturgiques s'imposaient non seulement aux parfaits mais également aux simples croyants exprimant, dans sa forme rituelle, sa croyance, sa contrition et sa soumission à l'Église cathare.


L'APPARELHAMENTUM OU SERVICI

C'est dans les sources judiciaires qu'apparaît le terme d'apparelhamentum en latin - apparelhament en occitan. Dans le Rituel de Lyon figure le nom de servisi, de service, pour désigner la confession publique et solennelle qui avait lieu une fois par mois.

Pour certains chercheurs, l'apparelhament était uniquement réservé aux parfaits, les croyants pouvaient cependant assister à la cérémonie (Jean Duvernoy). Pour d'autres historiens, parfaits et croyants confessaient au diacre, à l'évêque ou à l'un de ses assesseurs dont ils relevaient, non point des fautes graves, mais plutôt des tentations, des désirs refoulés, de légères négligences n'ayant dans l'ensemble qu' un caractère véniel. Le diacre passait une fois tous les mois pour entendre la confession générale de la communauté exprimée par l'ancien au nom de tous. Voici le début du Rituel, lu au diacre, par l'ancien représentant l'ensemble du groupe : «Nos em vengut delant Deu e delant vos e delant l'asordenament de la santa gleisa per recebre perdo et penedensia de tozt nostri pecatz liqual avem faitz o ditz o pessatz o obratz del nostre naissement entro ahora e quirem misericordia a Deu e a vos que vos pregetz per nos lo Peire sanh de misericordia que nos perdo. Adorem Deu e manifestem totz li notre pecatz ...» (Nous sommes venus devant Dieu et devant vous et devant l'ordonnance de la sainte Église pour recevoir pardon et pénitence de tous les péchés que nous avons faits ou dits par nos paroles ou par nos œuvres depuis le jour de notre naissance jusqu'à maintenant. A Dieu nous demandons miséricorde et à vous, d'intercéder par vos prières afin que le Père saint et miséricordieux nous pardonne. Nous adorons Dieu et exprimons tous nos péchés ...)

Au terme de cette belle prière emplie de simplicité et d'humilité, des pénitences légères étaient infligées. Il était généralement prévu trois jours de jeûne supplémentaires ou des génuflexions. Lorsqu'il s'agissait de fautes graves, celles-ci étaient traitées en privé par le diacre, voire par l'évêque, avant d'être confessées à nouveau devant toute la communauté ; les peines étaient alors sévères et pouvaient même aller jusqu'à l'annulation du consolament.

Les sources judiciaires - Jacques Fournier - précisent à ce sujet que pour avoir touché de la main une femme ou pour avoir menti, même involontairement, la peine fut de 9 jours au pain et à l'eau.


LE MELIORAMENTUM OU «ADORATION» DES PARFAITS

Le melioramentum dont la forme occitane est milhoirer ou miloirer, voire melhorament, est désigné dans les sources catholiques sous le nom adoratio que certains auteurs, mal informés, ont volontiers traduit par «adoration», jetant ainsi la confusion en prétendant que les parfaits se faisaient adorer par leurs fidèles. Aujourd'hui, c'est une question définitivement tranchée. Le melioramentum était le témoignage extérieur du croyant, de son appartenance à l'Église cathare. En présence d'un Bon Homme, tous les croyants, quelle que soit la classe sociale à laquelle ils appartenaient, manifestaient des marques extérieures de respect. Avant la croisade et la répression, les parfaits pouvaient exercer librement leur ministère et les croyants exprimer sans restriction le melhoramentum.

Celui-ci consistait en une salutation composée de trois génuflexions ou «adoration» - adoratio - au sens liturgique et non théologique, c'est-à-dire qu'ils n'adoraient pas le religieux mais le Saint-Esprit dont il était porteur, dont il était «revêtu». A chaque génuflexion il disait en latin benedicite suivi de «Bon chrétien ou de Bonne dame, la bénédiction de Dieu et la vôtre, priez Dieu pour nous». A la troisième fois, il était ajouté : «Seigneur priez Dieu pour ce pécheur qu'il le délivre de mâle mort et l'amène à bonne fin» (Senher, pregatz Deu per aquest peccaire, que Deus m'aport a bona fi).

Au XIIIème siècle, le parfait donnait à trois reprises le baiser de paix, appelé caretas, en disant chaque fois : «Dieu vous bénisse, Dieu vous mène à bonne fin, Dieu vous fasse bon chrétien». Il est évident que pendant l'occupation royale et l'Inquisition, dans un lieu public, le rite du melhiorament était plus réservé, la discrétion la plus stricte était observée et l'adoration était réduite aux trois benedicite auxquels il était répondu, par le parfait, à voix très basse pour ne pas se faire repérer.



 
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Responsable de la publication : Philippe Contal, pcontal{at}cathares.org | Éditeur : Histophile®
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