catharisme
Spiritualité Cathare
extraits de «Spiritualité Cathare»
Introduction
(4/6)
 

extrait de «Spiritualité Cathare»
Introduction à l'histoire du catharisme
quatrième partie (4/6)

Texte de Charles Galiana

Extrait de Spiritualité Cathare, n° 35, automne 1998


«Il y a deux Églises, l'une qui donne et pardonne, l'autre possède et écorche»
Pierre Authié (ministre cathare)


On assigne généralement au concept d'Église cathare le statut suivant : Comme on n'est chrétien que par le baptême, et que le baptême est le Consolamentum des parfaits, l'Église ne réside que dans les parfaits (1).

Cette logique apparente repose sur des sources judiciaires du début du XIVème siècle. En effet, on peut relever dans le registre d'Inquisition de Jacques Fournier : «Ce sont eux (les Bons Hommes) qui étaient l'Église de Dieu. La seule Église de Dieu est là où il y a un bon chrétien car lui est l'Église de Dieu». Nombre d'historiens estiment que cette Église, si étroitement définie, n'en est pas moins l'Église historique qui peut seule se réclamer de la succession apostolique ... (2)

Cette interprétation, quelque peu excessive, est cependant en harmonie avec la pensée d'Origène (v. 185 - v. 254) qui définit l'Église orthodoxe comme étant formée par l'ensemble de ceux qui sont impeccables, c'est-à-dire ceux qui sont irréprochables et sans péchés. Et Clément d'Alexandrie (v. 150 - v. 215), de son côté, pose : «j'appelle Église la réunion des élus». Que le catharisme médiéval ait subit des influences de l'origénisme et de la philosophie clémentine (Clément d'Alexandrie), personne ne le conteste, mais peut-être conviendrait-il mieux de nuancer l'affirmation exclusive : les cathares ne sont chrétiens que par le baptême et le baptême est le Consolamentum des parfaits, l'Église ne réside que dans les parfaits.

Une telle définition risque de réduire, nous semble-t-il, l'Église cathare à une institution ecclésiale élitiste, à un mandarinat, ce qui ne fut jamais le cas dans l'histoire du catharisme, les sources historiques sont formelles. Paradoxalement, l'Église romaine elle-même n'échappe pas à cette conception ancrée dans la pensée collective ; M. Claude Bressolette, de l'Institut catholique de Paris, n'hésite pas à écrire : Lorsqu'ils (les catholiques) évoquent l'Église, beaucoup entendent le pape et les évêques, c'est-à-dire ceux qui, dans l'Église, ont autorité pour prendre des décisions et donner un enseignement officiel (3).

Comme on peut le constater, beaucoup de catholiques ne sont pas en mesure de donner une définition précise de leur Église. Au XIIIème siècle, il en était de même pour les croyants cathares et certaines dépositions relèvent davantage de l'ignorance ou de la superstition que de témoignages crédibles. Lorsqu'un témoin (soupçonné, voire accusé d'hérésie) déclare : «La seule Église de Dieu est là où il y a un bon chrétien, car lui est l'Église de Dieu, ne paraît pas être une proposition décisive car quelque religieux investi du sacerdoce représente aussi son Église».

Le catharisme, religion de salut, reposait essentiellement sur les Évangiles. C'était une religion désireuse de se rattacher au christianisme primitif.

Dans le catharisme, comme d'ailleurs pour l'ensemble des religions qui reconnaissent Jésus-Christ pour fils de Dieu et les témoignages de ses disciples contenus dans l'Évangile, l'Église est composée par l'assemblée des croyants et non pas seulement du corps ecclésial.

Lorsqu'un croyant cathare réunissait les venus et les dispositions d'âme requises, après avoir suivi, pendant une durée de principe de trois années, l'enseignement initiatique, il pouvait être élevé à la dignité de parfait. Le rite solennel d'ordination était appelé consolament en occitan, consolation en français et Consolamentum en latin. Le consolament était le baptême d'esprit par l'imposition des mains, donc il faut y voir une parenté très étroite avec celui que pratiquaient les premiers chrétiens. De fait, la meilleure définition de l'Église cathare ne peut être donnée que par les textes des parfaits eux-mêmes. Le rituel du Consolamentum semble bien répondre à cette question. Deux rituels cathares ont franchi les siècles en échappant aux flammes des autodafés : l'un, en langue d'oc - conservé au palais des arts de Lyon - l'autre dit de Florence, incomplet, est écrit en latin (voir Spiritualité cathare HAD, n° 32, hiver 1997). Ces deux précieux documents présentent une liturgie similaire dans le catharisme du XIIIème siècle et touchent à la définition de l'Église cathare. Le suivi de la cérémonie du consolament se déroulait en trois parties : le don de l'oraison, la remise du vêtement (la robe) et finalement le baiser de paix. Dans le discours préliminaire, l'interprétation de la sainte oraison (le Pater) était communiquée au récipiendaire : Vous devez comprendre que, quand vous êtes devant l'Église de Dieu, vous êtes devant le Père et le Fils et le Saint Esprit. Car l'Église signifie assemblée et là où sont les vrais chrétiens, là sont le Père, le Fils et le Saint Esprit, comme les divines écritures le démontrent. Car le Christ a dit dans l'Évangile de saint Mathieu, XVIII-20 : «En quelque lieu que soient deux ou trois personnes réunies en mon nom, je suis là au milieu d'elles».

Les croyants pouvaient également assister à la confession publique réservée aux parfaits, elle était appelée apparelhamentum ou servici en latin, melhorament en occitan - les rites seront abordés dans le prochain fascicule.

Certains historiens soutiennent - ce qui paraît logique - que le melhorament n'était pas seulement réservé aux parfaits, les croyants pouvaient également confesser leurs péchés.

Le texte cathare d'introduction du rituel occitan est très explicite, il donne un éclairage complémentaire de la notion d'Église cathare : «Nous sommes venus devant Dieu et devant vous et devant l'ordre de la sainte Église pour recevoir service et pardon et pénitence de tous nos péchés que nous avons faits, ou dits, ou pensés, ou opérés depuis notre naissance jusqu'à maintenant, et demandons miséricorde à Dieu et à vous pour que vous priez pour nous le père Saint qu'il nous pardonne. Adorons Dieu et manifestons tous nos péchés et nos nombreuses graves offenses à l'égard du Père et du Fils, et de l'honoré Saint-Esprit, et des honorés saints Évangiles, et des honorés saints Apôtres, par l'oraison et par la foi, et par le salut de tous les loyaux glorieux chrétiens, et des bienheureux ancêtres qui dorment (dans leurs tombeaux), et des frères qui nous environnent, et devant vous, saint Seigneur pour que vous nous pardonniez tout ce en quoi nous avons péché. Bénédicité parcite nobis».

Comme on peut le constater, l'ordre de priorité commence par Dieu, suivi des parfaits et finalement de l'Église. Celle-ci ne paraît pas uniquement avoir été constituée par les Bons Hommes et par les Bonnes Femmes, le rituel précise implicitement qu'elle l'était notamment par l'assemblée des Bons chrétiens et des frères, c'est-à-dire des croyants. Et les cathares s'appuyant sur l'Évangile selon Mathieu affirmaient qu'en quelque lieu que soient deux ou trois personnes réunies au nom de Jésus-Christ, il est là au milieu d'elles. D'autres citations évangéliques concernant directement ou indirectement la définition de l'Église sont données dans le rituel (4).

D'autre part, les sources judiciaires (J. Fournier) rapportent que G. Bélibaste, dernier parfait connu en Languedoc, s'exprimant dans un langage allégorique, identifiât Marie à l'Église cathare dont la communauté terrestre, des Bons Hommes et des croyants, étaient les jambes. Bien que Marie ne fut point considérée comme mère de Dieu, il transparaît une fois de plus que non seulement les parfaits mais aussi les croyants constituaient l'Église cathare.

Les sources historiques font bien ressortir que les Bons Hommes opposaient leur Église, celle qui par succession descend directement des Apôtres, à l'Église de Satan, celle de Rome dont ils dénonçaient publiquement la corruption, les privilèges et la puissance temporelle.

L'Église cathare avait pour seule caractéristique la volonté d'être la forme pure et simple d'un christianisme non déformé. Jésus-Christ n'a d'ailleurs pas voulu créer d'Église, terme entaché de malentendus et de toutes les équivoques qu'il entraîne. Le passage de l'Évangile selon Mathieu XVI-18 : «Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église ...», est une des altérations bibliques, un ajout reconnu par de nombreux exégètes. Dans la pensée et la théologie de l'Église catholique et des Églises grecques, le baptême, la confirmation et l'ordre sont trois des sept sacrements institués qui sont les moyens d'obtenir la grâce et de maintenir l'union avec Dieu. Suivant le dogme romain, le Christ, par l'intermédiaire de l'Église, appose son empreinte dans l'âme du chrétien. La pénétration divine dans l'âme lui confère un caractère inaltérable, c'est pourquoi, à l'exception de l'extrême-onction, ces sacrements ne peuvent être réitérés. Le sacrement de l'ordre ne peut être entaché par le prêtre trahissant son sacerdoce. L'empreinte spirituelle demeure indélébile même si l'homme qui en est investi est le plus dégradé des humains. Saint Augustin l'avait précisé ainsi : «Que Pierre baptise, c'est Jésus-Christ qui baptise ; que Judas baptise, c'est encore le Christ qui baptise». Et Thomas d'Aquin enseignait que : «Le sacrement n'est pas réalisé par la sainteté de l'homme qui le confère, mais par la puissance de Dieu».

Rien de tout cela dans le pur catharisme car le consolament ne peut être considéré comme un sacrement comparable à celui de l'Église catholique. Cependant, aujourd'hui encore, des historiens s'accordent à voir dans le consolament le seul sacrement cathare : «Le baptême par l'esprit et l'imposition des mains, unique sacrement cathare, signifiait entrée en vie chrétienne et absolution des péchés» (5). Exception faite de l'imposition des mains qui se pratiquait dans le christianisme primitif, un croyant contemporain, de stricte observance catholique, n'hésiterait pas à reconnaître, dans cette courte formule, le sacrement du baptême de sa propre Église. Paradoxalement, le consolament ne peut pas être un sacrement (6) comme celui de l'ordre défini par l'Église romaine ; ses critères et ses attributs sont différents. Le consolament n'a jamais eu un caractère indélébile comme le sacrement romain, en cas de faute grave, il était à nouveau administré après avoir fait pénitence. Cependant, lorsque l'on constate le bon choix des postulants, conscients et responsables, on ne peut, dans l'ensemble, que noter leur fidélité à leur engagement allant jusqu'à la mort par le feu. Les cathares ne croyaient pas qu'un sacrement puisse avoir un quelconque effet sur n'importe quel fidèle, ils le considéraient davantage comme un signe, une grâce de promesses divines. L'action de la grâce n'était pas perçue comme une substance spirituelle ni comme force divine à la disposition de l'Église et infusée au récipiendaire à la demande de celle-ci, cela serait bien trop facile. C'est pourquoi les croyants suivaient une longue préparation en vue de mériter la grâce, c'est-à-dire l'Esprit Saint, que confère le consolament par l'intercession et la prière des parfaits. Dans cette perspective, la grâce peut jouer pleinement un rôle de salut, l'action du Sauveur devenant effective dans la mesure ou le croyant mène une vie chrétienne conforme au message évangélique complétant l'action de la grâce.

Les ministres cathares ont abordé la question de l'absolution des péchés en insistant sur le repentir, la recherche de la pureté et le perfectionnement intérieur. La purification préalable, le mérite personnel et l'enseignement reçu ouvraient la porte au salut spirituel et donnaient accès au corps des ministres cathares. Le rituel latin donne à ce sujet des informations précises sur le caractère sotériologique de leur engagement. Ce n'est pas la purification des souillures du corps qui nous sauve, mais l'engagement de conserver notre conscience pour Dieu (1 Pierre, Ill-21) ; ce qui signifie que ce n'est pas l'Église qui sauve mais l'engagement fait à Dieu par l'intermédiaire ou plutôt par l'intercession des ministres du Christ en l'occurrence les Bons Hommes. Dans la sainte oraison donnée au cours de la cérémonie, il est précisé : C'est pourquoi vous devez comprendre, si vous voulez recevoir cette oraison, qu'il importe que vous vous repentiez de tous vos péchés et que vous pardonniez à tous tes hommes. Le Christ n'a-t-il pas dit dans l'Évangile (Mat. VI-15, Marc XI-30) : «Si vous ne pardonnez (les fautes qu'ils vous ont faites), votre Père céleste ne vous pardonnera point non plus vos péchés».

C'est très clair, Dieu dispense grâce et pardon, non point par une opération extérieure comme le sacrement de l'ordre ou le consolament, mais pour les qualités ontologiques de l'être et un repentir sincère. Ce texte montre bien que le catharisme était une Église, au sens noble du terme, dans laquelle les vertus individuelles de ses membres étaient décisives pour être «revêtus» de l'Esprit Saint et obtenir l'accès à la voie du salut. Il n'est pas inutile d'insister en reprenant la réponse, la formule rituellique que doit donner l'impétrant au cours de la cérémonie : Pour tous tes péchés que j'ai pu faire, ou dire, ou penser ou opérer je demande pardon à Dieu, à l'Église et à vous tous. Que tes chrétiens - les Bons Hommes - disent alors : Par Dieu et par nous et par l'Église qu'ils vous soient pardonnés, et nous prions Dieu qu'il vous pardonne.

En bien examinant cette réponse, on constate que l'acte de contrition et d'un repentir sincère s'adresse principalement à Dieu. Lorsque le ministre cathare précise : «nous prions Dieu qu'il vous pardonne, le pardon de l'Église et de ses guides, les Bons Hommes, n'est qu'une condition subordonnée à celle du pardon de Dieu, ce qui implicitement signifie que seul Dieu, et non l'Église, est en mesure d'absoudre les péchés». Dans la logique du péché, l'absolution de celui-ci n'exclue nullement la réalité de la faute. C'est pourquoi après confession publique de leurs fautes, les cathares font pénitence. Cette notion de responsabilité n'existe pas dans la religion catholique, où il suffit de se confesser au prêtre, dans l'intimité, pour obtenir le pardon moyennant trois «je vous salue» ou une obole qui n'en est que le péage. Le dernier cathare languedocien connu, Guilhem Bélibaste, mettait en garde ceux qui péchaient dans le faux espoir d'être absous par le consolament donné à l'heure de la mort.

La consolation donnée à un moribond n'avait rien de comparable à l'extrême-onction catholique, ce n'était nullement un rite magique susceptible d'absoudre le poids des péchés pesant sur l'avenir eschatologique du récipiendaire. Le malade n'étant pas préparé, instruit, purifié, le rite n'avait aucun effet par lui-même si ce n'est de spirituellement soulager le mourant.

Les cathares invitaient leurs fidèles à travailler sur eux-mêmes pour acquérir l'entendensa del Ben, la connaissance du Bien, à considérer dans une perspective platonicienne, c'est-à-dire divine, en l'occurrence celle du Saint-Esprit dont les parfaits étaient «revêtus» au moment du consolament. Le christianisme et les autres religions judéo-chrétiennes n'ont indéniablement pas échappé à l'influence de la pensée platonicienne dont les traces ne sont d'ailleurs pas contestées. Platon et, plus tard, les cathares voyaient dans le Bien, le Divin apportant un sens à la raison profonde de l'existence et à l'univers, «Le bien n'est pas essence, mais quelque chose qui dépasse de loin l'essence en majesté et en puissance» (La République, liv. 6). Les cathares avaient des connaissances profondes des Écritures, non seulement ils y puisaient ce qui est conforme à leur croyance mais ils dénonçaient les déviations du christianisme romain élaborées au cours des siècles par les conciles successifs.

Leurs grandes connaissances scripturaires leur permettaient de soutenir avantageusement des controverses publiques contre les docteurs catholiques. Donatistes (7), les cathares, comme nous l'avons vu, estimaient sans valeur les sacrements catholiques d'autant plus lorsqu'ils étaient administrés par un prêtre indigne ou dans le péché. Persécutés comme les Apôtres, les Bons chrétiens se conformaient en tout aux préceptes évangéliques : ne pas tuer, ne pas jurer, ne pas faire souffrir ou sacrifier un animal, ne pas juger, aimer et secourir son prochain ... bref, ne plus commettre de péchés et ainsi donner l'exemple et faire le salut de leur âme. Au début du XIVème siècle, l'un des derniers ministres cathares, Pierre Authié, ne manquait pas de dénoncer dans ses prêches : «Il y a deux Églises, l'une fuit et pardonne, l'autre possède et écorche !»

La croisade contre les albigeois, lancée par le pape désireux de rétablir l'Église catholique, fut aussi le prétexte à l'annexion du Midi par le royaume de France (1271). Cette atroce expédition fut une magnifique occasion d'exercer violences et rapines avec la bénédiction de l'Église qui accorde rémission à tous les péchés, c'est-à-dire à tous les crimes commis par ceux qui se croiseront. Sur les cendres d'une civilisation détruite, la plus brillante «d'Europe» peut-être, les bûchers inquisitoriaux et les chambres de tortures parachèveront la conquête militaire. C'est dans une Occitanie anéantie, ou dans l'exil, que d'autres voix s'élèveront et se feront entendre : les derniers chants des troubadours où l'amour courtois fait souvent place à la révolte.

Voici quelques extraits d'une diatribe virulente contre l'Église romaine, tirée de l'œuvre (XIIème siècle) du troubadour toulousain Guilhem Figueira :
Rome, aux pauvres gens vous rongez sang et os,
Vous guidez les aveugles avec vous dans la fosse,
Vous ignorez les lois de Dieu, car trop est grosse
    Votre cupidité
    Car vous pardonnez ...
Péchés contre monnaie. Rome, votre négoce
    Est un sac de péchés.
Rome, le mal de vous est bien facile à dire :
Par moquerie vous jetez chrétiens au martyre.
En quel livre est-il dit que vous devez occire ?
    O Rome, les chrétiens !
    Dieu, qui est notre pain
    Quotidien, m'accorde tout ce que je désire
    De mal pour les Romains.

Rome, que Dieu vienne en aide et donne puissance
A Raimond (8) qui écorche et qui tond ceux de France
Et les foule à ses pieds quand contre eux il s'élance :
    Ceci me plût très fort.
    Rome, de vos grands torts
Dieu se souvienne et - s'il lui plaît - le comte ait chance
    Contre vous et la mort.
Rome, pour argent faites maintes vilenies,
Vous faites bien du tort et bien des félonies,
Vous voulez tant du monde avoir la seigneurie
    Que vous ne craignez point
    Dieu notre souverain.
Vous faites plus de mal que je ne pourrais dire,
    Dix fois plus pour le moins !

Rome, tant vous serez étroit dans votre patte,
Que ce que vous tenez jamais ne vous échappe.
Si bientôt ne perdez pouvoir, dans une trappe
    Monde sera piégé,
    Et mort et vaincu.
Le mérite est détruit : - Rome de votre pape
    Voici donc les venus ?
Rome, à votre sujet bien souvent on murmure
Que s'enfuit le bon sens par un trou de tonsure.
Je crois donc fermement qu'il faudrait qu'on récure
    Aussi votre cerveau
    Au bien vilain chapeau (9).
Car fîtes à Béziers sanglante boucherie
    Avec ceux de Cîteaux (10).
Rome, votre filet vous savez bien le tendre,
    Coeur de loup affamé,
    Et de serpent mitré,
Les vipères et le diable se lient dans votre chambre
    D'infernale amitié.

Après avoir brillé sur l'occident en humanisant les mœurs de la féodalité par l'organisation de la chevalerie, la paix de Dieu, la grâce de Dieu ... , l'Église sombre peu à peu dans une régression spirituelle et une intolérance de plus en plus mal acceptée dans des pays où précisément la tolérance est de mise. A mesure que s'accroissent sa puissance et ses richesses temporelles, se fracture l'idéal évangélique et une partie du clergé sombre dans la débauche et la cupidité.

La tolérance des seigneurs du Sud, comme celle du comte de Toulouse, est notoire ; entourés de troubadours qui chantent la femme et l'adultère, de juifs déicides qui pratiquent l'usure, de mahométans qui ne reconnaissent pas le Christ comme fils de Dieu et finalement d'hérétiques cathares qui contestent le pouvoir spirituel et temporel de l'Église catholique, le Languedoc, très en avance sur son temps, ébranle sérieusement la puissance romaine et le système germanique du Nord. Il faut l'écraser !

Ainsi, l'alliance du fanatisme religieux et des impératifs politiques et sordides des Capétiens viendront à bout des cathares, du comte de Toulouse et des troubadours (11), pour le plus grand bénéfice de l'Église et du roi.




  1. Jean Duvernoy, Le catharisme - la religion des cathares. Privat 1989, p. 233-234.
  2. Jean Duvernoy, op. cit.
  3. Dictionnaire des religions, PUF 1984.
  4. René Nelli, Écritures cathares. Édit. Planète 1968.
  5. Anne Brenon, Petit précis de catharisme, Loubatières 1996.
  6. Voir notre travail : A propos de catharisme, essai de critique historique. Spiritualité cathare HAD, n° 30, juin 1997.
  7. Donatiste. Le donatisme fut une hérésie condamnée au IVème et au début du Vème siècle. Les donatistes prétendaient que seuls étaient valides les sacrements administrés par un juste, par un religieux sans péchés. Ils s'opposaient aux catholiques qu'ils appelaient les fils des pécheurs.
  8. Il s'agit du comte Raymond VII de Toulouse, figure emblématique, avec son père Raymond VI, dans la défense des pays d'Oc, au XIIIème siècle, contre les barons du Nord.
  9. Avoir mauvais chapeau signifie avoir mauvaise réputation, par allusion aux vêtements d'infamie (tunique et coiffure) portés par l'accusé d'hérésie. Le chapeau et la tunique portés par l'hérétique frappaient d'opprobre sa descendance.
  10. Lors du massacre de Béziers par les croisés, le 22 juillet 1209, l'abbé de Cîtaux, Arnaud Amaury, légat pontifical, chef spirituel de la croisade, aurait donné ordre d'exterminer tous les gens - prêtres catholiques, bons chrétiens, cathares, juifs, musulmans, vieillards, femmes, enfants - réfugiés dans les deux églises de la ville. Le cistercien Arnaud Amaury aurait commandé ce massacre par ces terribles paroles restées tristement célèbres dans l'histoire : «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !»
  11. Les troubadours, privés de la noblesse anéantie par la défaite, sont devenus suspects par une religion qui condamne l'amour et la joie de vivre, ils seront pour la plupart d'entre eux contraints à l'exil. L'amour courtois est apparu vers l'an 1100, avec le premier troubadour connu, Guillaume de Poitiers. Il disparaîtra en 1300 avec le dernier de ses poètes, Guiraut Riquier. Il est intéressant de constater que la fourchette de temps 1100 - 1300 correspond, grosso modo, à l'implantation, à la floraison et à la disparition du catharisme en Languedoc.



 
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