catharisme
Spiritualité Cathare
extraits de «Spiritualité Cathare»
Satan et Lucifer
 

extrait de «Spiritualité Cathare»
Satan et Lucifer


Extrait de Spiritualité Cathare, n° 30, été 1997


PROLOGUE

Le 7ème jour était accompli et s'éternisait.

L'Homme coulait des jours sans fin, sans peine, sans histoire, dans son Éden céleste.

Les chérubins, les séraphins et les dominations glorifiaient l'Emmanuel, leur Dieu. Qu'avaient-ils d'autre à faire ?

Tout était calme et silencieux.

Le Prince des anges s'ennuyait.

Lucifer ne savait à qui transmettre sa lumière, il n'y avait pas d'ombre pour l'apprécier.

Et l'Homme béat, et la femme sans rêve erraient entre les deux arbres aux fruits interdits : celui de la Connaissance et celui de la Vie.

Mais le Prince des anges veillait, et Lucifer songeait.

Et ce fut la Révolte.

Révolte contre l'Interdit, contre le non-dit, de la Conscience étouffée ; révolte née d'un sentiment de pitié envers cette humanité vouée à l'éternel ennui de la Connaissance occultée.

Et le Serpent fit son Œuvre ...

Satan, Lucifer, Belzébuth, le Malin, enfin quoi : le Diable.

Comment Lucifer est-il devenu Satan ?

Lucifer n'a jamais été Satan, il est son fils.

Non ! Lucifer était l'ange de Lumière, et en devenant le Prince des Ténèbres il est devenu Satan.

Voilà en résumé les questions qui se bousculent dans votre tête quand vous vous penchez sur les documents religieux, théologiques, spirituels des différentes approches de ce problème éternel qui se pose à l'homme au sujet des deux entités qui ne semblent que coexister dans l'antagonisme permanent du Bien et du Mal, de la Lumière et des Ténèbres, du Temps et de l'Éternité.

Loin est de notre pensée de pouvoir aborder le problème de fond, celui du drame initial, si drame il y a ; car comment, à notre mesure humaine, pourrions-nous approcher l'absolu et l'éternel, limités que nous sommes par la contingence et le temps.

La première question que nous allons essayer d'éclaircir, sinon d'approfondir, est celle de la double figure, de ces deux entités, de ces deux symboles de Satan et Lucifer. Sont-ils les deux appellations d'une même réalité ?

Sont-ils deux entités distinctes ayant chacune ses caractéristiques et son rôle de par le monde ?

Sont-ils deux symboles du Mal, l'un se rapportant à la matière : Satan (ou Arihman), l'autre, Lucifer se rapportant à l'esprit ?

Pour nous éclairer consultons aussi bien la Bible que la Vulgate et les écrits des Pères de l'Église. Quant à l'interprétation, nous nous référons à celles combattues par l'Église, telle que celle des manichéens, des anthroposophes et des psychanalystes.

Cependant, cette première démarche en appellera une seconde plus spécifiquement philosophique : pourquoi Satan et Lucifer ou Satan, Lucifer et l'Homme.

1ère Partie : LA RÉVOLTE DES ANGES

Dans le livre de la Genèse où il est rapporté la tradition des origines de l'Univers et de l'Homme, il n'est question que du serpent Tentateur d'Eve, mais le nom de Satan ou de Lucifer ne figure nulle part.

C'est dans le Livre du prophète Isaïe (XIV, 12/15), où l'on lit ce verset :
«Oh ! Quelle chute as-tu faite du haut des Cieux,
Astre du matin, fils de l'Aurore ! ...
Toi qui disait dans ton coeur :
«j'escaladerai les Cieux, j'y érigerai mon trône et je siégerai sur le Mont des Assemblées ...
Je serai l'égal du très haut ! ...»
Et te voilà précipité dans le sépulcre, dans les profondeurs de l'abîme.»


C'est à partir de ces versets que certains des premiers Pères de l'Église ont voulu entendre par «Astre du Matin», Lucifer, devenu par sa déchéance, Satan : l'Accusateur, le Tentateur, en fait le Diable.

Le premier à proposer cette interprétation fut Origène (De principiis) ; il affirme que Lucifer, auparavant esprit céleste, était tombé dans l'Abîme pour avoir voulu égaler Dieu.

Tertulien, saint Cyprien, saint Ambroise et bien d'autres, moins illustres, accréditèrent cette thèse.

Les exégètes modernes, bien que la trouvant insuffisante, justifient cette antique interprétation.

En fait, ce texte d'lsaïe est considéré comme le plus ancien témoignage de la Chute de l'Archange, porteur de Lumière, vers les Ténèbres de l'Abîme.

Cependant, une autre interprétation existe de ces versets d'lsaïe, c'est qu'il s'agit en fait d'une prédiction ayant trait à la chute de Babylone, et de son dernier roi.

Il y aurait donc double symbole comme cela se rencontre dans certaines prophéties où le spirituel et le temporel se confondent.

En plus du problème de l'existence d'un Esprit du Mal, diabolique, se pose celui de coexistence de Satan et Lucifer.

Pour les Pères de l'Église il y a souvent confusion entre Satan et Lucifer. Pour certains, Lucifer, l'Ange de Lumière est devenu Satan en étant précipité du ciel vers la Terre et les Enfers.

Mais le vrai problème, que voulaient résoudre les Pères de l'Église, était comment expliquer qu'un Dieu bon, juste, seul et unique, a créé le Mal, le Démon. Surtout, comment peut-il tolérer toutes ses malfaisances. Un démon dont l'Écriture, en fait, ne nous dit pas quand et pourquoi ce Dieu tout puissant et bon l'a tiré du néant.

La solution de deux entités toute puissantes, existant chacune de toute éternité avec les mêmes pouvoirs, la même puissance, ne pouvait pas non plus être acceptée par l'Église qui voulait d'un Dieu unique.

De là, les avis contraires, les hypothèses plus ou moins vraisemblables pour maintenir envers et contre tout que Dieu est Bon, Tout Puissant et que c'est par respect de la liberté qu'il a permis à un Ange créé parfait mais libre de choisir la désobéissance, la rébellion et l'orgueil plutôt que le respect, la soumission et l'humilité.

Voilà en fait les raisons profondes, essentielles de la Vulgate et des écrits depuis Origène sur la chute des anges, à cause de la magnanimité de Dieu, respectueux des libertés de ses créatures.

Des controverses allaient s'élever contre cette vision orientée et simpliste du problème de l'existence du bien et du mal.

Sans pour cela tomber dans un polythéisme dépassé, certains penseurs, d'inspiration chrétienne, allaient essayer de donner une autre version de ce problème, une autre solution à cette question brûlante d'un Principe de Bien et d'un Principe du Mal.

Mais, dans chacune de ces interprétations, la double image, la double entité de Satan et Lucifer est maintenue sans ambiguïté, et sans confusion.

2ème Partie : LE REFUS DU SECTARISME DOGMATIQUE DE L'ÉGLISE

- Le Manichéisme : issu de Manès, ou Manicheus, philosophe persan du IIIème siècle qui essaya de concilier le christianisme et le dualisme du Bien et du Mal de Zoroaste (VIème siècle avant Jésus-Christ). Les deux principes Bien et Mal ne sont plus distincts et complémentaires comme chez les Grecs mais opposés et directement contraires. Ce sont, d'une part un principe infiniment bon, source de tout bien, et de l'autre, un principe essentiellement mauvais, source de tout mal. Ces deux principes se font une guerre éternelle, dont le monde est à la fois le théâtre et le résultat : de là le mélange de bien et de mal que l'on rencontre sur la terre.

Peu à peu, il y a eu identification avec l'esprit, et le mal avec la matière. L'esprit du Bien étant Dieu, et celui de Mal, Ahriman.

- Le Catharisme : reprend en grande partie la thèse manichéenne du Bien et du Mal, de la Lumière et des Ténèbres. Principes éternellement antagonistes.

C'est dans le catharisme que nous retrouvons Satan en tant que diable principal qui peut être considéré comme le leader des anges infernaux, et Lucifer qui est considéré comme son fils et a un rôle de héros.

Satan et Lucifer sont donc deux entités infernales, mais l'une étant de toute éternité, et l'autre issue de la première.

Mais le catharisme, au contraire du catholicisme, ne prend pas le Dieu créateur pour un Dieu vengeur. Pour les cathares, tout évolue vers une perfection à travers les réincarnations et le temps.

C'est pour cela, qu'à la fin de cette évolution, il y aura une régénération du monde, et Satan et Lucifer seront, eux aussi, sauvés.

Aux premiers temps du christianisme Origène lui-même s'est rattaché à cette thèse du salut final de Satan et Lucifer.

Mais cette idée a été condamnée par le deuxième Concile de Constantinople, en 553, toujours pour maintenir que les Anges déchus n'ont pas été rejetés par Dieu miséricordieux, mais se sont, en toute liberté, séparés de lui sans remords ni repentir.

- L'Anthroposophie : Pour Rudolph Steiner, deux puissances existent dans le principe du Mal, Ahriman et Lucifer. Ahriman, correspondant à Satan, est le Régent de la matière. Il monte des profondeurs de la terre dans la pesanteur, le froid, les ténèbres, représentant dans l'homme la pensée abstraite et mécanique. Cette force veut tirer l'homme à elle et le soumettre entièrement à la pesanteur. Cette puissance qui menace l'humanité est le mal matérialiste.

Une autre force du Mal agissant sur l'égoïsme et les passions est nommée Lucifer. Elle descend des lointains chauds et lumineux du Cosmos ; elle agit, incite l'homme à devenir présomptueux, orgueilleux et égoïste. Elle le rend, par ces moyens, étranger à ses vraies tâches humaines. Lucifer porte le sentiment du Moi et des passions à leur paroxysme. Elle provoque l'égocentrisme et l'exaltation. Lucifer élève l'homme au-dessus de lui-même, le perd par sa présomption.

Sous tous les rapports, les puissances lucifériennes et ahrimaniennes se coalisent pour détruire l'être humain.

Dans la médecine anthroposophique, l'on retrouve ces deux principes : ahrimanien et luciférien.

Ce mal, qu'il soit du domaine physique, maladie, ou moral, est nécessaire à l'homme, il sert de soutien et d'instrument à l'existence humaine. Dans la structure de l'homme, est ahrimanien son squelette, son intelligence rationnelle, luciférien ses forces de vie : son sang, son imagination. Ces forces servent à l'éveil de la conscience et, en créant l'antagonisme, participent à la vie. Cependant, le rôle réel que joue le Mal sous ces deux aspects reste un mystère pour l'anthroposophe.

Pour Steiner, l'avènement du Christ est l'apparition de la force de réconciliation qui permettra, à la fin des temps, à la force de rédemption de dominer Ahriman (Satan) et Lucifer, et ils se retrouveront unis aux Forces du Bien. L'harmonie première sera à nouveau, et pour l'Éternité.

3ème Partie : APPROCHE SYMBOLIQUE DE SATAN ET LUCIFER

Mythe ou Vérité révélée, Satan et Lucifer, ainsi que Dieu, font partie de notre patrimoine culturel.
v La religion nous dit que tout ce qui touche à Dieu et aux forces infernales est article de Foi, Mystère que l'on ne peut qu'approcher mais jamais atteindre, ni expliquer.

Alors pourquoi, laissant de côté cet aspect mystique et dogmatique à la fois, ne nous poserions-nous pas la question de savoir pourquoi l'homme a-t-il besoin de se créer de telles images, de tels mythes ?

En fait, que représentent-ils ?

Le Principe de Dieu se comprend de lui-même : besoin d'éclaircir le mystère de la création; mettre un créateur cela facilite les choses. C'est également la projection de l'image d'un Père tout puissant et bon, compensant celle du père réel qui est toujours, à un moment de la vie, l'idole déboulonnée.

Mais le diable que vient-il faire dans notre imagerie symbolique ?

Il est le Tentateur : Satan et cela depuis les origines. Car sans lui, comment nous excuser, pardonner nos faiblesses, nous libérer de notre culpabilité.

Sans doute est-ce là une explication psychologique, mais pourquoi compliquer les choses en imaginant deux symboles : Satan et Lucifer ?

Parce que le poids de la responsabilité du Mal est trop lourd, et qu'il se présente sous différentes formes.

Et puis, le Diable n'est-il pas plus proche de nous que le Tout Puissant Créateur ?

L'homme fuit la solitude, peut-être à cause de sa culpabilité toujours trop écrasante, il faut partager cette charge avec l'autre, pour se libérer, se déresponsabiliser.

Alors, pourquoi Satan, le Tentateur, le Rebelle supporterait-il seul l'angoisse des ténèbres, la responsabilité du Mal.

On lui donne un compagnon, certains disent un fils : Lucifer.

Comme dans la Constellation familiale, l'engendré doit avoir les qualités que son géniteur n'a pas, il doit être son mode de compensation. Et voilà Lucifer, fils du Prince des Ténèbres, devenu le porteur de Lumière. Mais la Lumière peut-elle être source de Mal ? Oui, si l'on confond Lumière et savoir, et non Connaissance.

Le tableau est brossé et les rôles vont être distribués.

Pour Satan, le Mal de la Matière, de la Terre, ce sera comme nous le retrouvons dans l'anthroposophie, le rôle d'Ahriman. Le matérialisme sous toutes ses formes : le règne de l'argent, de la possession, et l'agressivité qui en découle, guerres, révolutions. Le mécanisme à outrance, l'homme devenant esclave et victime de ses créations : armes de guerre, engins de loisir et de mort, voitures, jeux du cirque. Ce sera aussi la pensée froide, mathématicienne, logique, sans âme, avec des œillères, rendant intransigeant, dogmatique, fermé à tout ce qui n'est pas démontré syllogisme ou chiffres en main. L'informatique peut être considérée, poussée à l'extrême, comme une invention satanique.

Pour Lucifer, le mal sera spirituel, intellectuel, passionnel, il se rattachera au feu, et à l'air.

Cela entraînera aux passions, sources d'effusion de sang, de perversion de l'esprit, éclairé par une fausse lumière avec la confusion de l'intuition et du paralogique, du réel et du rêve fou. Ce sera, sous l'apparence de l'inspiration, l'obnubilation de l'esprit troublé par un égocentrisme démoniaque, et de folles passions.

Le savant sera satanique, l'artiste luciférien.

Pour s'en tirer, l'homme aura besoin de lutter pour garder la lucidité, la liberté, et la tolérance. Par elle, il arrivera en partie à échapper à l'emprise démoniaque du Mal sous ses deux formes. Mais la Sagesse lui apprendra que, si son but est la recherche de la Lumière et de l'absolu, des embûches seront semées sur sa route pour le faire trébucher, douter, et se tromper. C'est en gardant cette pensée toujours présente qu'il arrivera à se défendre le mieux possible contre l'action pernicieuse et enjôleuse du Mal.

4ème Partie : POURQUOI SATAN ET LUCIFER ?

La question fondamentale reste posée.

Existence réelle ou symbolique, ces deux figures du Mal ont-elles, de toute éternité, eu un rôle à jouer dans l'évolution imposée, acceptée ou choisie dans le devenir du créé ?

Plus particulièrement, quelle est leur action sur les consciences humaines et, si l'on se rattache à la thèse de Satan et Lucifer symbole de l'erreur et de la faute, quelle est leur dynamique dans notre psychisme ?

Pour aborder cet aspect de la question, il faut partir de l'idée gnostique de la constitution ternaire de l'homme.

Cette forme de représentation nous la trouvons déjà chez Pythagore et sa conception ternaire de l'homme.

Le ternaire humain :

le ternaire humain

Cette conception, nous la trouvons dans la pensée pythagoricienne, sous la forme des trois niveaux de l'acte et de la pensée.

Ce sont :
- Niveau de la Matière : l'action sur la matière : le travail de l'artisan, de l'opérationnel. La pensée ne dépasse pas l'empirisme du premier degré avec la manipulation pratique de l'essai et de l'erreur. La forme de cette pensée est sensorielle. L'évolution se fait du simple voir à regarder, de l'entendre à l'écouter, du sentir au ressentir.

- Niveau de l'esprit ou de l'intellect : c'est l'accès à la pensée conceptuelle, le domaine de l'intelligence logique, discursive, avec la conception abstraite et critique, intuitive et imaginative du monde qui nous entoure et des mystères qu'il recèle. C'est l'accès à la science et à la philosophie des nombres, et à l'esprit de géométrie.

- Niveau de l'Ame : ou domaine de la Connaissance, celle dont parle la Gnose, cette Connaissance spirituelle, ésotérique, qui est celle de l'approche mystique de la Pensée Pure, de l'Union à l'Un, vers laquelle l'on tend sans jamais vraiment l'atteindre.

Cette constitution ternaire se retrouve également dans la pensée gnostique, à partir de Valentin, selon sa conception de la Condition Humaine qui se présente sous trois niveaux de conscience :
1°) Le niveau de la Matière, les Hyliques : ce sont les esclaves prisonniers de la Caverne de Platon, retenus dans les chaînes de l'ignorance, incapables d'aller au-delà de l'apparence et dont la pensée reste au niveau magique du geste et du rite, confondant le mot et l'esprit la superstition et la Foi, l'Espérance et la fatalité.

2°) Le niveau de l'Esprit : les Psychiques, par esprit il faut comprendre l'intellect et l'affect. C'est le niveau de la personne, du raisonnement et du maniement du langage. Les mots utilisés n'aboutissent pas à l'idée claire et juste, même employés avec la rigueur logique, car l'intolérance, les passions et la peur les aveuglent.

3°) Le niveau de l'Ame ou du spirituel : les Pneumatiques, les mystiques, les initiés, les éclairés. Ce sont ceux qui ont su aller au-delà du désir matériel, de l'illusion intellectuelle, ceux qui ont abandonné leurs préjugés, leurs fausses certitudes et valeurs. Ils sont libérés de la pesanteur de la matière et de la futilité de l'intellect, devenus ainsi capables de retrouver le sens perdu de la Parole, permettant d'accéder à la Gnose en s'élevant au niveau du Spirituel. Rares cependant sont les individualités humaines pouvant atteindre les premières marches de ce niveau d'évolution psychique ...

Si l'ascension dialectique du monde de la matière à celui de l'intellect est du domaine de l'effort sur soi par une volonté de perfectionnement, l'accès au domaine de l'Ame, du Spirituel, demande de se laisser aller à l'Assomption qui est un abandon des énergies de la dynamique, de la dualité corps-esprit, pour accepter celle d'une autre dimension qui nous dépasse mais que certains perçoivent grâce à leur libération des contingences nous enchaînant comme les prisonniers aveugles de la Caverne de Platon.

Cette ascension de la Matière à l'Esprit, cette assomption au domaine spirituel de l'Ame ne peut s'accomplir que dans une succession évolutive des corps et des esprits. La montée est semée d'écueils et de pierres d'achoppement.

Le parcours de l'homme à la quête de la Gnose et du perfectionnement, qui va de la connaissance sensorielle du matérialisme du monde, du concret et de l'Avoir à la Connaissance spirituelle du Sage, du Saint et de l'Initié, ne se fait pas sans risque. Satan et Lucifer veillent. Ils sont là pour nous piéger et nous perdre dans les zones de démarcation de l'erreur, de la vanité, de l'orgueil, de la névrose et de la démence. Ils sont là, tapis dans l'ombre, espérant se faire oublier pour mieux nous attirer dans leur domaine des ténèbres de l'esprit et la pesanteur de la matière.

5ème Partie : SATAN, LUCIFER, ET L'HOMME

Satan, Lucifer, le diable, ce terme usité dans la Bible grecque des Septantes et francisé par le diabolus latin de la Vulgate, signifie le diviseur, l'accusateur, le calomniateur.

C'est lui le diable.
- Est-ce Satan ?
- Est-ce Lucifer ?
qui tenta les premiers parents de l'humanité, poussant Adam et Eve à se méfier de Dieu et à lui désobéir.

Cependant, cette méfiance n'implique-t-elle pas le choix, l'introduction dans la conscience humaine de l'esprit critique et l'appel de la liberté ?

La désobéissance était le choix de faire le geste interdit afin d'accéder à la liberté d'action. Nous retrouvons là les deux aspects de Lucifer, tentateur de l'esprit, et de Satan, incitateur d'action délibérée. Considérés sous cet aspect, le diable, Satan et Lucifer seraient les symboles du pouvoir d'autonomie physique et mentale. Ils seraient, l'un à l'origine du progrès matériel, cueillir le fruit défendu pour le manger, l'autre la base de l'évolution psychique en permettant, après délibération, de s'approprier le fruit de l'arbre de la Connaissance.

Par l'incitation à ce geste, Satan et Lucifer, symbolisés synthétiquement dans le serpent tentateur, ont permis à l'homme d'exister en tant que tel. Ils l'ont fait passer du statut de créature dépendante et inconsciente à celui d'individu libre d'agir et de juger avec tous les risques que cela comporte.

Lucifer, le plus beau des anges, a été puni de s'être révolté contre Dieu. Mais Lucifer n'était-il pas inspiré par le seul respect de la Transcendance divine ? S'identifier à Dieu, est-ce un péché ? Et si son désir fut de science, n'était-il pas bon ce désir ? Ne serait-ce pas son adversaire, le Démiurge, qui serait le mal, en imposant à sa créature, Adam, de ne pas avoir droit à accéder à la Gnose, au Savoir ?

Satan, pour sa part, c'est le chef des rebelles, des esprits révoltés contre Dieu, Il est le Prince de ce monde matériel. Sans lui, et l'ambition qu'il met au coeur des hommes, sans son esprit de jouissance et de possession, il n'y aurait peut-être jamais eu les progrès qui ont conduit le premier primate supérieur à se redresser pour cueillir les fruits de l'arbre, et l'homme d'aujourd'hui à manipuler les forces de vie et de mort par la science et la technique.

Considérés sous ce jour, Satan et Lucifer ne seraient-ils pas les vrais créateurs de l'Humanité en devenir ?

Hérésie ? Blasphème ? Pourquoi ?

Au lieu de vouloir, par tradition héritée des ancêtres, élever des bûchers à ceux qui essaient de penser autrement, poussons-les dans leurs retranchements.

En quoi donner à Satan et Lucifer un rôle primordial dans l'évolution humaine serait-il blâmable ou erroné ? Essayons plutôt d'analyser leur action sur terre et dans l'humanité.

Satan et le monde de la matière : Chez l'homme, en tant qu'individu, l'action Ahrimanienne ou Satanique développe l'aspect avide et jouisseur de sa personnalité. Cela implique, d'une part l'ambition, source de progrès, mais, en contre partie, la cupidité, l'arrivisme et ses violences, le primat du principe de plaisir sur celui de sacrifice. Satan nous permet de fabriquer de meilleurs outils pour avoir moins de peine dans notre travail, de là son rôle dans l'évolution pratique, technique qui permet de mieux vivre en se libérant des tâches fastidieuses. Mais le principe du mal dévie le sens de cette action en poussant la Société à produire pour avoir plus et non pour mieux être. Ces progrès, qui auraient dû devenir source d'évolution, sont la cause de nouveaux maux : chômage, misère, violence et fuite dans les paradis artificiels de la drogue et de l'alcool.

A qui la faute ? L'humanité, l'individu, ou Satan ?

Faire retomber la faute sur l'intrus, l'autre, est plus facile, moins culpabilisant que de se confronter à la réalité de sa propre responsabilité.

Mais, si je me leurre, est-ce encore de ma faute ?

N'y a-t-il pas un responsable qui met le trouble en mon esprit ?

Oui, vous l'avez dit, c'est Lucifer, son action dans le Monde de l'esprit, la tendance luciférienne chez l'homme se manifeste par tout ce qui le pousse à s'élever au-dessus de lui-même. C'est le domaine de l'erreur, de la mauvaise utilisation des découvertes, la recherche du Savoir pour un pouvoir, cela peut conduire au mépris de la matière et du corps, entraîner au masochisme comme au sadisme, c'est également se complaire dans un mysticisme nébuleux pouvant aller jusqu'au délire mystique. Cependant, c'est par ce besoin d'élévation, de recherche au-delà du concret que l'homme peut arriver à atteindre un certain niveau de spiritualité et d'initiation mentale.

Satan, Lucifer et l'Homme ont un pacte implicite. Les anges déchus nous ont donné la liberté, le pouvoir de conquérir un savoir, la volonté d'oser se confronter à la Nature, et à ses lois, ils nous ont rendu conscients et responsables. Ne soyons pas ingrats en les accusant des maux que nous nous créons par nos faiblesses et notre vanité. Sachons donner à «César ce qui est à César, à l'Homme ce qui est à l'Homme et à Satan et Lucifer ce qui leur revient».

EN ÉPILOGUE

Par Satan, le Serpent, symbole de la psyché obscure, de l'Inconscient Collectif, de l'incompréhensible et du mystère ...

... Eve goûta au fruit de la Connaissance, et donna à l'homme la conscience et la liberté.

Par Lucifer, précipité des cieux, la Terre reçut l'Émeraude, symbole du pouvoir régénérateur, pierre du Savoir, pierre du Graal, Vase sacré de la Rédemption.

Par la Parole du Fils de l'Homme, Adam fut réconcilié avec le Père.

Par le Sacrifice de l'Envoyé de Dieu, Satan et Lucifer redeviendront Princes des Anges et Porteurs de Lumière.

Voilà le message transmis à travers les âges dans l'Éternel Retour du Temps.

Dans l'Éternel Tourment des Consciences qui cherchent leur Dieu et trouvent leur Diable, jusqu'au jour dernier du Jugement qui sera le triomphe de la paix sur la mort et du remords vaincu dans la gloire de l'Amour.


R. Asquaciati



 
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