Pays Cathare
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Saint-Hilaire
Le Maître de Cabestany
 



Le Maître du tympan de Cabestany


Au moment où les ateliers languedociens et catalans de sculpture romane connaissent leur plus grande activité, à une époque où les échanges entre Espagne, Catalogne, Languedoc et Italie du Nord sont étroitement établis, apparaît, au cours du dernier tiers du XIIème siècle, le Maître du tympan de Cabestany ; qui a laissé l’empreinte de sa forte personnalité sur bon nombre de monuments de la région.

C’est par référence au tympan de l’Assomption, seul vestige d’un portail disparu, conservé dans l’église paroissiale du village de Cabestany, dans la plaine perpignanaise, que l’on désigne aujourd’hui ce sculpteur anonyme.

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oeuvre du maître de Cabestany
(tympan du village de Cabestany ;
reproduction présentée
à Saint-Hilaire)


La question de son origine n’a pas encore été résolue. Le Maître était-il catalan, italien ou tout simplement languedocien ? La densité des oeuvres sorties de son atelier recensées en Languedoc ferait pencher en faveur de cette hypothèse. Il s’agissait en tout cas d’un artiste itinérant, allant, avec son équipe, de chantier en chantier, et dont on reconnaît la manière inimitable en Languedoc et Catalogne, mais aussi en Navarre et Toscane. Son influence a pu être également décelée dans la basse vallée de la Garonne, à la Réole.

Le vigoureux tempérament de l’artiste, affranchi de toutes les modes contemporaines, sa «brutalité» et sa «sauvagerie» mêmes, n’appartiennent qu’à lui et ne peuvent être confondus avec aucun autre. Les visages triangulaires aux yeux nettement affirmés, ovales et globuleux, soulignés au trépan, au nez à l’arête tranchante, les oreilles larges et décollées, les mains démesurément allongées, les proportions trapues dont il dote les corps des personnages, équivalent à une véritable signature. Diverses influences sont toutefois perceptibles dans son style : le bestiaire et l’emploi du trépan sont empruntés à l’art roman du Roussillon, les acanthes des chapiteaux et les modillons à copeaux, à la sculpture toulousaine.

En Navarre, le linteau (orné d’un chrisme et de l’Agnus Dei) et le tympan de l’église d’Errondo (depuis 1965 au Cloisters Museum de New York), où sont figurées les trois scènes de la Tentation de Jésus et son service par les anges, lui sont attribuées. Son oeuvre est présente en Catalogne. Le portail de l’abbatiale de San Pere de Rodès a reçu une décoration de sa main dont subsistent quelques éléments répartis dans diverses collections, comme la plaque de marbre (Vocation de saint Pierre et saint André), conservée au Musée Federico Marès de Barcelone. On retrouve aussi la manière du Maître sur certains chapiteaux des églises de San Esteban de Bas, à Olot (vierge à l’enfant) et San Pere de Galligans ; près de Gérone.

Pour le Roussillon, deux productions peuvent lui être données avec certitude, le tympan marial de Cabestany et la corniche du portail de l’église de Boulou. Le tympan, en marbre blanc des Pyrénées, reste (avec l’Assomption de Rieux-Minervois) son oeuvre maîtresse, où prennent place la Résurrection de la Vierge en présence d’anges et de deux apôtres, son Assomption corporelle, et l’épisode de la ceinture envoyée du ciel, selon un récit apocryphe, à l’incrédule Thomas. Sur la corniche du Boulou sont groupées des scènes de l’Enfance du Christ : la Nativité, la Bain de l’Enfant, l’Annonce aux bergers, l’Adoration des Mages, la fuite en Egypte. Non loin du Boulou, le portail de l’église de Monastir des Camp possède des chapiteaux proches par le style et l’iconographie de l’oeuvre du Maître. L’attribution de ces sculptures à son entourage immédiat n’est donc pas à exclure.

Plus à l’Est, en pays d’Aude, le Maître et son atelier ont travaillé à Lagrasse, Saint-Papoul, Saint-Hilaire et Rieux-Miervois. Du portail de l’ancienne et riche abbaye de Lagrasse subsistent, attribuables au seul atelier du sculpteur et non à sa main, quelques fragments dispersés, dont huit voussoirs de marbre blanc, décorés d’épais feuillages abondamment ponctués au trépan, de tiges écorcées et de fruits entre lesquels apparaissent des masques humains. Deux claveaux ont été retrouvés. Ils relèvent d’une facture identique : deux têtes animales monstrueuses, dont l’une est saisie par un personnage. Enfin, sur un chapiteau en marbre blanc sont figurés Adam et Eve chassés du Paradis.

Des quatre chapiteaux du chevet de l’église abbatiale de Saint-Papoul, deux seulement sont historiés, les autres ont reçu un simple décor de feuilles d’acanthes. Sur la corbeille du premier, Daniel dans la fosse est entouré de sept lions qui se contentent de le lécher, et reçoit sa nourriture du prophète Habacuc qu’il tire par la barbe. Le châtiment des Babyloniens, qui avaient contraint le roi Cyrus à condamner Daniel est suggéré sur le second chapiteau par cinq personnages dévorés par des lions aux dents aiguës.

La cuve, en marbre blanc des Pyrénées, du sarcophage conservé à Saint-Hilaire d’Aude faisait partie dès l’origine du maître-autel de l’église abbatiale dédiée à Saint Saturnin. Son martyre et l’ensevelissement de Saint Sernin, évangélisateur et premier évêque de Toulouse. Sernin avait été condamné, vers 250, à être traîné du haut du Capitole par un taureau rendu fou furieux, pour avoir refusé de sacrifier aux dieux.


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le sarcophage du
maître de Cabestany

C’est dans cette oeuvre, exceptionnelle par son style, que se manifeste avec le plus d’éclat l’étrange génie du Maître du tympan de Cabestany. Elle révèle aussi, dans sa composition et la forme de la cuve, une indéniable influence de l’Antiquité romaine, superposée à la manière aisément reconnaissable du sculpteur. Celui-ci de plus, introduit dans les scènes un intense sentiment de vie, par la multiplication des personnages secondaires et le mouvement qui les anime : curieux assistant au «spectacle» depuis l’édifice, «acrobate» ( ?) chevauchant une corde tendue entre deux tours, contradicteurs rejetant avec indignation la parole du saint et dont le paganisme est clairement signifié par la présence, entre leurs jambes, de masques monstrueux, mi-humains, mi-animaux, ...

L’ensemble de la décoration sculptée de l’église en rotonde Sainte-Marie de Rieux-Minervois, le portail, les corbeilles et les tailloirs des chapiteaux du bas-côté, à feuillages ou ornés de lions affrontés, peut être attribué à l’atelier du Maître. Celui ci s’est réservé la taille de ce morceau étonnant qu’est le chapiteau de l’Assomption, où la représentation de la Vierge, emportée par les anges, ne laisse aucun doute sur l’identité de l’imagier.

C’est à nouveau une Assomption corporelle qui est ici figurée, en une composition très simple. Comme à Cabestany, les yeux sont clos, privé de relief globuleux animé par l’emploi discret du trépan au coin des paupières, en une façon très personnelle de donner vie au regard. La bouche fermée n’est plus qu’un simple incision tombant sur les côtés. Les mains aux doigts très allongés reposent le long du corps. Par contraste, toute la vie est reportée sur les quatre apôtres tendus en avant, comme pour tenter de voir une dernière fois la Mère de Dieu qui leur est enlevée.

Enfin, c’est en Toscane que se situe le point extrême du «nomadisme» du sculpteur. A l’abbatiale de Sant Antimo (Montalcino, près de Sienne), les lions stylophores du portail principal et un chapiteau peuvent lui être attribués. A san Giovanni in Sugana, près de Florence, un fragment de candélabre de cierge pascal, réutilisé aujourd’hui comme support de bénitier, présente aussi des traits caractéristiques de sa main. Ces oeuvres marqueraient la fin de la carrière du sculpteur.

Texte de Jean Nougaret



Orientation bibliographique :
  • La sculpture romane en Roussillon
    Tome 4 : L’oeuvre du maître de Cabestany, pages 6 à 49
    de Marcel Durliat, aux éditions de La Tramontane (Perpignan), 1954
  • Cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa
    n° 4, de Mai 1973, pages 116 à 127
  • Le Maître de Cabestany
    Roussillon roman
    4ème édition, Saint-Léger-Vauban, éditions du Zodiaque, 1986, pages 252 à 255
  • L’oeuvre du Maître de Cabestany
    Monseigneur Edouard Junyent
    Actes du 86ème Congrès National des Sociétés Savantes (Montpellier, 1961)
    Paris 1962, pages 169 à 178
  • L’oeuvre languedocienne du Maître du tympan de Cabestany
    Jean Nougaret
    in Jacques Lugand, Jean Nougaret, Robert Saint-Jean
    Languedoc Roman, Le Languedoc méditerranéen
    Saint-Léger-Vauban, éditions du Zodiaque
    2ème édition revue en 1985, pages 355 à 361
  • Une nouvelle oeuvre du Maître de Cabestany en Toscane : le pilier sculpté de San Giovanni in Sugana
    Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1969
    Paris 1971, pages 30 à 55
    (lire aussi le compte-rendu par Monsieur Durliat : Du nouveau sur le Maître de Cabestany, Bulletin Monumental, 1971, III, pages 193 à 198)
  • Le Maître du tympan de Cabestany
    Le Point (L’art roman du Roussillon)
    Tome 34-35, Souillac, Mars 1947, pages 75 à 80
  • Le Maître de Cabestany
    Edition du Zodiaque éd. 2000 (290 FF)



 
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