catharisme
«La Croisade»
 


texte de Dominique Valienne



LE DROIT DE LA CROISADE

Lotario Conti, devenu Pape en 1198 sous le nom d’Innocent III, fera de la lutte contre l'hérésie son premier but, afin d'établir un monde chrétien unifié, et cela durant les dix huit années de son règne.

Sa première analyse de la situation le décida à employer les grands moyens, contre les hérétiques eux-mêmes, mais aussi contre ceux qui les soutenaient de quelque façon que ce soit. Cet homme lucide ne crut pas un instant qu'une croisade seulement spirituelle viendrait à bout de l'hérésie.

La mauvaise volonté évidente des hauts barons, comme celle d'ailleurs du haut clergé languedocien le détermina à intervenir de façon plus "musclée".

De plus, en 1208, son légat Pierre de Castelnau fut assassiné et l'on chargea de ce crime le comte Raymond VII de Toulouse.

La croisade que cherche à faire Innocent III depuis dix ans trouve enfin là toute sa justification. Il s'enquiert auprès du roi de France, Philippe Auguste de sa participation éventuelle, et afin de l'inciter à une réponse positive, n'hésite pas à lui faire miroiter les terres qu'il pourrait ainsi s'octroyer. Le roi de France refuse tout net. Ses démêlés avec les anglais mobilisent toutes ses troupes.

Cependant, bon nombre de Grands vassaux du roi, tels le Duc de Bourgogne, le Comte de Nevers et d'autres supplièrent le roi de les laisser partir. Le roi céda, et , dès lors, on obtiendra rien de plus de sa part.

Le Pape, pour attirer les chevaliers va "exposer en proie" tout le Languedoc. C'est à dire que tout bon catholique se doit effectivement de dénoncer les hérétiques, mais de surcroît les déposséder de leurs biens, afin d'établir dans ce pays des habitants catholiques.

"L'affaire de la Paix et de la Foi" - nom officiel de cette entreprise - était en marche.


LA TACTIQUE DE RAIMOND VI

Le comte de Toulouse comprenant l'imminence du danger pour ses états, s'empresse de faire amende honorable, et demande au Pape une cérémonie de pénitence et de réconciliation.

Celle-ci aura lieu à Saint-Gilles, berceau de la dynastie Raymondine de Toulouse.

Le légat Milon, envoyé par le Pape, y officia assisté des évêques et archevêques provençaux et languedociens. Après avoir été humilié et réconcilié, le Comte s'engagea à combattre l'hérésie, c'est ainsi que le 22 juin 1209 il se retrouva à jurer sur les évangiles de se mettre à la disposition des croisés, et de prendre lui-même la croix ... Pure stratégie dilatoire de la part du Comte qui protégeait ainsi ses terres de la dépossession.


LES PREMIÈRES BATAILLES

Durant la cérémonie de Saint-Gilles, la croisade s'engageait dans l'Agenais. Composée de Hauts barons et de prélats pour la plus part issus du Languedoc, elle prit Bigaroque sur la Dordogne, détruisit Coutaud, mis à sac Tonneins et remontant la vallée du Lot, assiégea Casseneuil, cette dernière vaincue, vit le premier bûcher où ceux et celles qui avaient refusé d'abjurer leur foi, périrent au nom d’un Dieu bon mais vengeur.

Peu de temps après, l'armée croisée fit marche sur Villemur, qui, avertie à temps, put évacuer ses "Parfaits et Parfaites" religieux de la foi hérétique dite "Cathare". Au nombre de ceux-ci se trouvaient Amande de Lamothe et sa sœur Peronne. Cette dernière confiera à Bernard de Caux l'inquisiteur, des années plus tard, comment elle et toute la communauté d'hérétiques purent fuir et être sauvées, avant d'arriver à Lavaur où elles resteront une année.


RAYMOND ROGER TRENCAVEL

Raymond VI rejoignit les croisés à l'embouchure du Rhône et toute la troupe se dirigea vers Béziers, fief du jeune Vicomte Raymond Roger Trencavel. Bien que ce dernier ait essayé d'imiter son oncle, le Comte de Toulouse, en proposant lui aussi de prendre la Croix, la réconciliation lui fut refusée.

Arnaud Amaury, légat du Pape, jugea qu'une démonstration de force était nécessaire et maintint l'ordre d'assiéger la ville. Le Comte Raymond les guida, et se montra fort utile sur les terres de son neveu qui n’avait de cesse de lui faire la guerre. Celui-ci a préparé ses terres et ses gens à une défense acharnée.

Dans la chanson de la croisade, il est dit de lui :
«Il n'y a pas meilleur chevalier, ni plus preux, ni plus généreux, plus courtois, plus gracieux. Il est bon catholique, tous les chanoines et les clercs en sont garants ...
Mais, car il était trop jeune, il avait l'amour de ceux de son pays, dont il était seigneur, qui n'avaient ni défiance, ni crainte de lui, mais jouaient comme leur compagnon et tous ses chevaliers et même ses vavasseurs avaient des hérétiques, qui dans son château qui dans sa tour ...»


Il avait fort peu de vassaux dans Béziers, aussi n'y resta-t-il pas lorsque l'armée croisée fut annoncée. Cependant il partit avec un grand nombre de juifs et d'hérétiques qu'il mit à l'abri dans la ville extrêmement bien fortifiée de Carcassonne. Par l'intermédiaire de l'évêque de Béziers qui les y avaient rejoints, les croisés demandèrent aux citoyens catholiques de leur livrer les hérétiques. Cela ne plut pas à la majorité du peuple qui refusa tout net. Loin d'effrayer les bourgeois, l'importance de l'armée croisée la rendait vulnérable à leurs yeux . Mais ils avaient mal analysé la situation militaire et le destin leur fut contraire.

Le lendemain de l'arrivée des troupes croisées, les habitants de la cité sortirent devant les remparts pour narguer les croisés, tous les récits s'accordent à dire que ce furent des ribauds qui donnèrent l'assaut et prirent la ville, celle-ci tomba et la population entière fut massacrée, catholiques y compris. Toutes les villes du territoire Trencavel sentirent un vent de terreur parcourir le pays.


 
Illustration de Patrick Le Gay
réalisée d'après le manuscrit de la Canso
(«La Chanson de la Croisade»)
SIMON DE MONTFORT

Le jeune vicomte Trencavel avait rassemblé dans les murs de Carcassonne un grand nombre de ses chevaliers et vassaux les plus proches et il avait également renforcé les remparts de la cité. Ayant réuni son conseil, il demanda à ce que quatre cent de ses meilleurs chevaliers et soldats l'accompagnent dans une sortie afin de bouter l'ennemi au loin. Un seigneur, de l'un des plus puissant "castra", celui de Cabaret, conseilla d'attendre le lendemain pour intervenir et préserver l'accès à l'eau de la rivière, on suivit son conseil.

Malheureusement pour eux, le lendemain l'armée croisée s'était rendue maîtresse des eaux. Il ne faudra que huit jours à cette armée pour lancer les premiers assauts, installer les machines de jets, ébranler les murailles et c'est ainsi que le 8 août au matin ils pénétrèrent dans le faubourg : il ne restait que la forteresse mais ses remparts étaient très puissants. Cependant la cité de Carcassonne était bondée. Le peuple s'y était entassé pour fuir les croisés, et avec lui du bétail, des vivres ,enfin tout ce qu'il faut pour tenir un long siège. A cause de la grande chaleur du plein été, de l'eau qui leur faisait cruellement défaut, des bestiaux dépecés et entassés dans un coin, la pestilence se répandit, et beaucoup moururent d'infections. Le Vicomte se décida alors à négocier, il sortit pour se rendre à la tente des chefs croisés, et là nul ne sait réellement s'il fut fait prisonnier ou s'il se rendit. Les croisés décidèrent que tous pourraient quitter la citadelle en vie, mais en n’emportant avec eux que ce qu'ils avaient sur le dos. Le jeune Vicomte mourut le 10 novembre de la même année 1209 et fut enterré en grandes pompes, afin de faire savoir partout qu'il n'y avait plus à espérer de le voir rétabli dans ses droits.

En application du droit de la Croisade, Trencavel fut déchu de tous ses titres et ses domaines furent offerts au premier seigneur catholique qui en voudrait. Celui qui les accepta était un seigneur d'Ile de France, habitué des croisades d'Orient où il s'était couvert de gloire, Simon de Montfort. C'était un homme ambitieux et dur, mais animé d'une profonde foi en l'église catholique. Il chasserait assurément l'hérétique de ses nouveaux domaines, et en effet, durant neuf ans il donnera toute la mesure de son endurance peu commune et de son génie militaire.

Nombre des vassaux de l'ancien jeune Vicomte refuseront de prêter serment à Simon de Montfort. Celui-ci ira chercher par la force ce qu'il aurait du recevoir de droit. Chaque Seigneur qui refusera de livrer les hérétiques habitant ses terres, se verra dépossédé de ses biens. Ils seront systématiquement redistribués à des Croisés venus de France, catholiques comme leur chef Simon de Montfort.

De grands bûchers vont s'allumer sur le passage des Croisés. A Lavaur, où les soeurs Lamothe s'étaient réfugiées, quatre cents bons Chrétiens furent brûlés. La Châtelaine Guiraude de Lavaur, réputée pour sa grande charité, sera livrée à la soldatesque et lapidée après avoir été jetée dans un puits. Son frère Aimery de Montréal, venu à son secours, sera pendu et égorgé avec quatre vingt de ses chevaliers, sur traîtrise. En effet, Aimery de Montréal avait prêté serment de vassalité à Simon de Montfort, et en apportant son soutien à Lavaur, il se reniait.

Simon de Montfort établit son quartier général à Fanjeaux, comme autrefois les hérétiques achevés (Parfaits) avaient choisi d'y vivre en maisons ouvertes. Ces bons hommes et bonnes dames avaient fui devant la persécution dont ils faisaient l'objet et s'étaient repliés sur Montségur.


LA CONQUETE DE LA VICOMTÉ

Les seigneurs qui, après la mort de Trencavel, avaient accepté de rendre hommage à Simon de Montfort, résilièrent un à un le serment de fidélité qu'ils lui avaient fait.
Guiraud de Pépieux, chevalier du Biterrois, que Montfort avait en très grande amitié, ainsi que d'autres chevaliers allèrent à Puisserguier et s'en rendirent maître, dépossédant ainsi le comte Simon d'un castrum. Ce même Guiraud ira se réfugier à Minerve après son coup de main.

Cabaret résistait plus que tous les autres à la chrétienté et au comte ; son seigneur Pierre Roger était hérétique et ennemi déclaré de l'Eglise. Bouchard de Marly (un parent de Simon de Montfort), alors qu'il s'approchait de Cabaret fut fait prisonnier, et enchaîné dans une tour du castrum durant seize mois.

A ce moment, Montfort et ses troupes assiégèrent et prirent le castrum de Bram en moins de trois jours. Aux prisonniers qu'ils firent, et ils étaient plus de cent, ils crevèrent les yeux et coupèrent le nez, mais laissèrent à l'un d'entre eux un œil pour qu'il conduisît les autres à Cabaret. Ensuite, Simon de Montfort assiégea Minerve, qui se rendit en Juillet 1210, puis ce fut Cabaret qui déposa les armes en mars 1211, enfin Lavaur dont nous avons parlé plus haut.

La reconquête de la vicomté était pratiquement achevée. Mais que devenait l'hérésie ?


MONTSEGUR LE REFUGE

Son seigneur Raymond de Péreille, dans une déposition à l'inquisiteur Ferrer le 30 avril 1244, dit :
«A la demande et sur les prières de Raymond de Mirepoix, de Raymond Blasco et d'autres hérétiques, j'ai reconstruit le castrum de Montségur, qui était jusque là en état de ruine [...] il y a quarante ans et plus».

Le château, ou plutôt le village fortifié, abrita des parfaits et des parfaites dont Fournière de Péreille qui se fit ordonner en 1204, elle y vécut jusqu’ en 1234 date de sa mort.

Au moment de la croisade, Montségur était inclus dans la vaste seigneurie que Simon de Montfort venait de constituer au profit d'un de ses chevaliers, Guy de Lévis. Encore devait-il s'en rendre maître ! Jusqu’en 1212 les hérétiques du lieu vivront en paix à Montségur. Les préoccupations des croisés sont ailleurs. Leur objectif est d'isoler, puis de prendre Toulouse. Bon nombre d'hérétiques vivaient dans cette ville. Mais l'évêque cathare du Toulousain Gaucelin préféra gagner Montségur en compagnie de son fils majeur, Guilhabert de Castres, qui avait quitté Fanjeaux incendié lors de l'arrivée des croisés. Les seigneurs de Fanjeaux "Faydits" c'est à dire dépossédés, seront toute leur vie des agents actifs de l'église cathare. Leurs mères, leurs soeurs, leurs filles, ou d'autres parents en faisaient partie. On y assistait a des baptêmes ou d’autres cérémonies, et les simples croyants y venaient régulièrement faire des séjours. Quand ils repartaient, ils escortaient les parfaits et parfaites qui malgré le danger continuaient leur pastorale. lorsque des parents ou amis d'hérétiques montaient au castrum ils ne manquaient pas de leur apporter du pain, du vin, du poisson, et souvent il partageaient leur repas.

En étudiant la vie à Montségur, les liens familiaux, voir vassaliques qui unissaient les acteurs de cette tragédie, on comprend l'extraordinaire résistance que le catharisme opposera à toutes les formes de persécution. La clé de cette résistance étant la solidarité du clan, scellée plus encore dés lors que la religion des bons hommes y faisait figure de tradition elle aussi familiale.


LA BATAILLE DE MURET

Après Lavaur, alors que Simon achevait la conquête des domaines de Trencavel, le comte de Toulouse offrit une fois de plus sa soumission à l'église. Mais celle-ci y mit des conditions si draconiennes que le Comte de Toulouse ne pût que refuser. Il fut donc à nouveau excommunié et son comté exposé en proie : sa conquête était enfin possible.

Les Toulousains, représentés par leurs consuls, comprirent que cette guerre serait sans merci, ils adressèrent une lettre alarmée à Pierre II, Comte de Barcelone et Roi d'Aragon.

Pendant ce temps, Simon de Montfort poursuivait son sinistre circuit. Lorsque la noblesse occitane se révolte, il revient derechef à la charge et reconquiert ce qui lui appartient dans de grandes effusions de sang et de gigantesques bûchers afin de mieux éradiquer l'hérésie.

Après plusieurs tentatives de négociations, et face à leurs échecs, Pierre II décida de faire prêter serment de vassalité à Raymond VI et à son fils. Cela mettait Toulouse et tout le Comté sous son protectorat, et lui donnait la possibilité d'intervenir les armes à la main.

Fort de la caution pontificale, Simon envoya son défi au Roi d'Aragon. Pierre II lui répondit qu'il n'était qu'un vassal rebelle et qu'il l'obligerait à vivre en paix avec ses voisins. Ce à quoi Simon rétorqua, qu'au nom du droit canonique il était de son devoir de chrétien d'abattre l'hérésie et de combattre ceux qui aidaient ses fauteurs et complices, fut-il prince ou roi. Pierre II mobilisa alors les chevaliers aragonais et catalans. Les princes méridionaux réunissaient ainsi une armée nombreuse et vaillante.

L'affrontement eut lieu le 12 septembre 1213 dans la plaine de Muret, prés de Toulouse.

Le génie militaire de Simon de Montfort fit merveille, il remporta la victoire grâce à la charge organisée des chevaliers français.

Le comte Simon vint avec ses troupes rangées en trois lignes, de façon que les derniers rangs hâtant leur course chargent en même temps que les premiers. De fait dés le premier choc, ils chassèrent les ennemis du champ de bataille, et chargèrent alors les troupes du roi d'Aragon dont ils avaient reconnu la bannière et malgré la vaillance et le grand nombre des coalisés, le Roi Pierre II d'Aragon fut tué dans la mêlée, ainsi que beaucoup de grands d'Aragon.

La stupéfaction et le deuil s'abattirent sur le pays occitan. Le comte de Toulouse et les autres s'enfuirent. Quant au peuple, il chercha lui aussi à se sauver, beaucoup empruntèrent les barques qui se trouvaient sur les rives de la Garonne, hélas bon nombre d'entre eux périrent noyés, et d'autres furent passés au fil de l'épée ... C'étaient, disent les textes des Chroniques, pitié de voir et d'entendre les plaintes de Toulouse pleurant ses morts et ses disparus.

La supériorité des chevaliers français est tout à fait explicable : dans l'occident féodal, c'est en France qu'on lieu les tournois les plus nombreux et les meilleurs. Malgré l'interdiction de l'Eglise au milieu du XIIème siècle, l'engouement pour ses joutes ne fera qu'augmenter avec la pacification du domaine royal.


LA DIPLOMATIE

Après plusieurs batailles livrées dans le Rouergue, le Quercy, l'Agenais, la conquête paraissait achevée.

Le comte de Toulouse était plus enclin aux solutions diplomatiques qu'à la guerre, il faut dire qu'il avait dix ans de plus que Philippe Auguste. Dès l'installation de Simon de Montfort à la place de Raymond-Roger Trencavel, il entreprit des démarches.

La bataille de Muret mit fin à toute prétention aragonaise dans l'affaire albigeoise. En 1214 la scène politique est occupée par le conflit qui oppose Philippe Auguste à ses adversaires anglais et germaniques. Le pape soutient Philippe Auguste. Suite à un désaccord avec l'abbé de Citeaux sur des prétentions communes, Simon de Montfort se voit fermer les portes de Narbonne et de Montpellier. La situation va changer après la victoire de Bouvine. Le roi de France laisse son fils, le futur Louis VIII, accomplir son voeu de croisade au printemps 1215, non sans quelque arrière pensée.

Les prélats de la croisade se réunirent à Montpellier en Janvier 1215, il leur tardait de proclamer Montfort Comte de Toulouse, celui-ci envoya alors l'évêque Foulques prendre possession en son nom de la résidence comtale : Le château Narbonnais.

Le concile qui devait l'établir définitivement dans ses droits se tint le 11 novembre de la même année. Le pape Innocent III réunit à Rome une assemblée en l'Eglise du Latran, afin de s'occuper de l'affaire de la foi contre les hérétiques albigeois. Y furent également présents, Raymond ex comte de Toulouse, son fils, et le comte de Foix venus supplier le noble conclave de leur restituer les terres qu'ils avaient perdues par la volonté de Dieu et l'aide des croisés. Le comte de Montfort envoya pour plaider sa cause son frère Guy et d'autres nobles compagnons fidèles et avisés, le Pape avec l' acquiescement de la majorité du concile statua le 30 du même mois après des débats houleux. Raymond VII fut déchu de ses titres et dépossédé de ses domaines, au profit de Simon de Montfort déclaré officiellement Comte de Toulouse.

Ce dernier alla en France auprès du Roi, afin qu'il le confirme dans ses nouvelles possessions. Le roi donna au comte et à ses héritiers l'investiture du duché de Narbonne, de Toulouse et de toutes les conquêtes faites précédemment. Pensant l'affaire réglée, Simon de Montfort quitta Pont de l'Arche où il avait rencontré le Roi, afin de retourner dans ses terres. Ce fut pour apprendre le débarquement à Marseille de Raymond VI et de son fils gagné naturellement à sa cause.


LA DEFAITE DE SIMON DE MONTFORT

Lorsque Simon de Montfort est nommé officiellement comte de Toulouse, il est déjà depuis six ans vicomte de Béziers-Carcassonne. Désormais il a sous son autorité un territoire plus vaste que Raymond VI à la veille de la croisade. Il est en plein responsable d'une mission que le concile avait jugée impossible à remplir par les comtes Raymond, celle de soumettre le pays à l'ordre de l'Eglise. Tâche utopique pour l'instant, surtout avec la recrudescence de la lutte contre le nouveau Comte de Toulouse.

La reprise de Beaucaire marque un renversement de la situation favorable et presque hégémonique du parti des français. C'est autour de la révolte des Toulousains que va se concentrer la résistance.

Simon de Montfort connaît fort mal la ville de Toulouse dont il prend possession après le concile du Latran, isolé de la population qui le rejette malgré les bons offices de l'évêque.

Lors du débarquement de Raymond VI et de son fils à Marseille, les seigneurs occitans envoient en grand nombre des messagers afin d' annoncer leur intention de leur prêter hommage. Raymond VII passa le Rhône et vint assiéger Beaucaire. Les chevaliers Français cherchaient l'affrontement, mais les méridionaux ne s'y laissèrent plus prendre. Les Français tenteront inutilement de rejoindre la ville, celle-ci est tenue désormais par Raymond VII.

Pendant ce temps à Toulouse, les habitants refusaient de se plier aux injonctions de leur seigneur. Simon de Montfort craignit quelques débordements s'il ne réprimait pas de suite ce début de rébellion.

En 1216, après la prise de Beaucaire, le comte de Montfort s'avança sur Toulouse avec une forte troupe armée, et il attaqua. La bataille de rues qui opposèrent les Toulousains aux chevaliers de Simon de Montfort, se terminèrent, une fois encore, à l'avantage de ces derniers.

Un an après, en 1217, Raymond VI réussit à pénétrer dans la ville à l'insu des Français, cela se passait vers la mi-septembre. Leur seigneur légitime et de cœur revenu, les toulousains expulsent violemment les français hors de la ville. Simon de Montfort prévenu, revient et assiège sa propre capitale.

Il venait d'assiéger Crest dans la Drôme, le siège pour reprendre Toulouse commença de suite. Des renforts venus de Carcassonne, en la personne du frère et du fils du Comte Montfort les rejoignirent bientôt.

Simon fit construire une énorme tour de guerre mais celle-ci ne put venir à bout de la vindicte toulousaine, le siège s'éternisait. C'est ainsi que lors d'un combat Simon de Montfort trouva la mort le 25 juin 1218, la tête broyée par un boulet de catapulte actionnée, dit-on, par des femmes toulousaines. Un mois plus tard les Français levèrent le camp. Après la mort de Simon de Montfort, des abandons commencèrent à se produire. Quelques castra du Quercy se révoltèrent.


UNE SOCIÉTÉ DE RÉSISTANCE

Il n'était pas besoin d'être militant de l'hérésie pour résister. On comprend fort bien que si le Roi d'Aragon s'est fait tué à Muret, ce n'est pour défendre ni le catharisme, ni une quelconque liberté de pensée, mais bien pour faire cesser la conquête française qui menaçait sa toute nouvelle alliance avec les occitans. Pour une grande partie de la noblesse de ce pays, la résistance est née, non pas du fait de la religion dissidente (bien que beaucoup d'entre eux aient des liens parentaux avec les hérétiques), mais du fait de leur dépossession.

Si une religion ne peut être pratiquée librement, pour survivre, elle est pratiquée dans la clandestinité. On peut suivre grâce aux dépositions ultérieures des témoins, les déplacements des parfaits dans les places prises par Simon de Montfort. De Montségur, ils rayonnaient dans tout le Languedoc. Les croyants les assistaient, en les cachant, les protégeant et les évacuant en cas de danger.

Une guerre d’épuisement, sporadique, faite de chevauchées, de raids sur des villes prises, puis perdues puis reprises puis de nouveau perdues ne peut faciliter le maintien de l'ordre.

Fanjeaux est un cas exemplaire pour comprendre cette respiration de la résistance. Dés le début de la croisade, les maisons de parfaits et de parfaites se sont vidées et tous ses habitants ont fuit vers des lieux plus en sécurité. Beaucoup furent contraints à l'exil vers Montségur. Cependant après la défaite de la croisade, ils réintégrèrent leurs maisons et continuèrent à y entretenir l’espoir d’une religion de nouveau totalement valide.


LA RECONQUÈTE

Simon de Monfort légua ses biens et titres à son fils Amaury de Montfort. Amaury n’avait en rien le génie militaire de son père, ni le charisme nécessaire auprès de ses compagnons.

Très vite le sort des armes se mit à basculer en faveur des princes occitans. Dans les cinq ans qui suivirent le décès de Simon de Montfort, non seulement les Français furent obligés de laisser les anciennes possessions du comte de Toulouse, mais ils furent chassés aussi de celles des Trencavel. La chevalerie méridionale avait acquis de l’expérience de ses défaites passées. La détermination des bannis les encourageait à aller toujours plus de l’avant. La libération de Castelnaudary en 1221 et la reddition de Montréal sonnèrent le début de la débâcle des croisés. L'église cathare, en grande partie décimée sur les bûchers des croisés doit alors se réorganiser, se sera l'œuvre de Guilhabert de Castres. Devenu évêque du toulousain après la mort de Gaucelin, il se réinstalle à Fanjeaux où il reçoit toute la noblesse du cru qui y a récupéré ses biens.

Ces faits, ainsi que les échecs répétés d'Amaury de Montfort alertèrent le Saint Siège. Le nouveau Pape, Honorius III, supplia Philippe Auguste de voler au secours de la croisade. Mais le roi ne voulait toujours pas engager la couronne dans cette affaire.

Son fils, Louis, jeune et impatient s'y engagea pour quarante jours. Il s'empara de Marmande et y fit un véritable carnage, comme à Béziers dix ans plus tôt. Alors que le Prince Louis et les croisés faisaient le siège de Toulouse, ils partirent sans autre raison que leur quarantaine achevée.

Le Pape réitéra ses suppliques auprès de Philippe Auguste mais en vain. Amaury de Montfort, à moins que ce soit une idée de l'église romaine, décida de donner tous ses domaines au Roi de France, ainsi en seigneur direct il serait bien obligé d'intervenir pour une ultime pacification qui tardait. Mais celui-ci refusa à nouveau l’hommage.

Malgré la mort de Raymond VI, la guerre de Libération se poursuivit, son fils Raymond VII, fin stratège et meneur d'hommes continua le combat. Peu de temps après c'est au tour de Philippe Auguste de trépasser. Amaury de Montfort, sans recours, se retrouve piégé dans Carcassonne par le jeune Trencavel (fils du vaincu de 1209). Le 14 Janvier, Amaury capitule et s'en retourne en Ile de France dépossédé de toutes les conquêtes de son père. La croisade était définitivement vaincue.


LA GUERRE DU ROI

Le Saint Siège, cependant n'entendait pas abandonner ni perdre la partie. Le catharisme était plus florissant que jamais, malgré la fondation à Toulouse par le futur saint Dominique de l'ordre des Prêcheurs. Le Saint Siège était prêt à tout recommencer. Mais le nouveau Roi de France Louis VIII et sa dévote épouse Blanche de Castille, n'avaient pas de la "question Albigeoise" la même vision que Philippe Auguste.

Louis VIII, mieux que son père, percevait tous les profits que la couronne pourrait tirer de cette entreprise. Dés février 1224, il écrivit au Pape son intention d'aller en Albigeois. Mais les conditions qu'il y mettait étaient si exorbitantes qu'Honorius III refusa, et répondit au roi de s'occuper plutôt de la croisade en terre sainte. Il lui assura d'autre part que Raymond VII était bon catholique, et que l'église devait lui pardonner, il demanda même au roi d'intervenir auprès de Raymond VII pour l'engager désormais à défendre la Foi et à accepter la Paix de l'Eglise.

En fait la lettre d'Honorius III n’était une ruse pour rabattre les prétentions du roi. Ce dernier réagit d'une façon imprévue. Il se décharge de l'affaire, puisque le Pape veut négocier la paix avec Raymond VII, qu'il le fasse mais sans lui, la seule chose qu'il exige c'est la sauvegarde de ses droits supérieurs.

Pendant ce temps en Languedoc, à la demande du concile réuni à Montpellier, les hauts barons firent les serments requis et se mirent en règle avec l'église. Quinze années de guerres, de sang versé, de bûchers, de peines et de morts semblaient sur le point d’être oubliées.

Honorius III était-il aveugle au point de se contenter de serments, même prêtés sur les évangiles ? Les hauts barons eux-mêmes, étaient-il assez naïfs pour croire que le Pape s'en contenterait ?

Ruse encore d'Honorius III, tacticien jusqu'au bout, qui brandit sous les yeux du roi Louis VIII la menace d'une possible réconciliation avec Raymond VII et les princes occitans. Raymond VII ne vit rien venir et tomba dans le piège. En février 1225, le Pape nomma un nouveau légat : le cardinal de Saint Ange. Un concile général fut prévu à Bourges et l'on y convoqua Raymond VII, il s'y précipita, convaincu qu'il allait y recevoir son absolution. Il y entendit sa dépossession définitive. Le concile donna alors quitus au roi pour sa nouvelle croisade en Languedoc.

Que dire de la réaction du pays occitan ? Quinze années de souffrances et de guerre l'avait rendu exsangue. A l'annonce d'une nouvelle invasion, et cette fois conduite par le roi de France, la population fut saisie de terreur. Le clergé prêcha l'image d'un monarque inspiré par Dieu. Il fallait donc redouter sa colère, et espérer sa bienfaisance si on se mettait "sous son aile". Beaucoup de barons firent des serments de soumission qu'ils envoyèrent au roi, certains d'entre eux allèrent même se jeter à ses pieds. La croisade du roi prenait une allure de "promenade de santé" réconciliatrice. Cependant une ville, Avignon se récusa et ne laissa pas passer l'armée du roi. Celle-ci fit le siège de la ville qui céda au bout de trois mois. En Languedoc, il n'y eut que des escarmouches insignifiantes. Partout où le roi passait, il recevait de nouveaux serments d’allégeance. Seul Raymond VII à Toulouse, n'était pas décidé à se soumettre. Le retard occasionné par le siège d'Avignon lui permit d'organiser la résistance.

Le roi étant tombé malade, il préféra ne pas entreprendre de nouvelles campagnes et rentra pour attendre des temps plus favorables. Il prit la route et mourut à Montpensier le 8 novembre 1226 laissant à Humbert de Beaujeu, son cousin, le commandement des troupes royales. Ce dernier reçut le titre de vice-roi pour l'Albigeois.

Un vice-roi n'est pas un roi. Le roi lui, n'avait que douze ans et sa mère Blanche de Castille était surtout préoccupée par la fronde des grands Barons du royaume pour s'intéresser à l’affaire albigeoise.


LE DERNIER SURSAUT

La nomination de trois sénéchaux à Beaucaire, Carcassonne, et Albi avait entériné la conquête. On se retrouvait désormais en domaine royal. Cependant le roi mort, tout devint différent. La situation se trouva brusquement désacralisée. Le pouvoir s'en était retourné dans cette France où l'on ne parlait pas la même langue, nid venimeux de tant de douleurs passées. Le choix était simple : se soumettre où résister.

A Cabaret, où l'évêque cathare du Carcassès, Pierre Isarn, avait fait son siège, les cathares revinrent en grand nombre sous la protection des coseigneurs du lieu. Cabaret devint le point de ralliement de ceux qui avaient été dépossédés. Bernard Othon de Niort, apparemment soumis en pris le commandement.

Humbert de Beaujeu fit le siège de Cabaret, et l'on sait par les dépositions ultérieures des témoins, que de grands seigneurs s'y trouvaient, comme Olivier de Termes dont le père avait été vaincu en 1210.

Pierre Isarn fut capturé en Lauragais, alors qu'il se rendait à Toulouse. Le vice-roi, le remit à l'archevêque de Narbonne qui le fit brûler à Caunes-Minervois. Guiraud Abit devint évêque à sa place. Deux ans plus tard, lorsque Cabaret se rendra au vice-roi, Bernard Othon de Niort et Pierre de Laure se chargeront de le mettre en sécurité.

Raymond VII de son coté, était passé à l'offensive, récupérant de nombreuses cités du Lauragais, et du sud Albigeois. Les seigneurs de ces lieux se joignirent à lui aussi vite qu'ils s'étaient soumis auparavant au roi. Humbert de Beaujeu riposta. Il prit Labécède et fit exécuter toute sa population par mesure de représailles. A l'été 1228, ne pouvant en finir par les armes, le vice-roi mit au point une nouvelle stratégie : la dévastation ! tout le domaine agricole de Toulouse fut ravagé, durant trois mois, les vignes et les arbres fruitiers furent arrachés et les moissons et les potagers brûlés. L'église elle-même dut organiser des soupes populaires tant la misère était grande. C'est à ce moment que la couronne proposa de négocier.


LE TRAITE DE PARIS

Le Cardinal de Saint Ange, sollicité par la régente Blanche de Castille, fit à Raymond VII des offres de négociation. Ce dernier serait définitivement reconnu comme Comte de Toulouse et vassal du roi de France. La couronne comtale était sauvée. Raymond conservait ses titres et ses domaines. A vrai dire il n'avait pas le choix, la population de Toulouse réclamait la paix et la reconstruction de ses domaines agricoles. Le comte de Toulouse ira donc à Meaux pour examiner le texte préparatoire du traité.

Celui-ci s'ouvre d'emblée sur les clauses religieuses. Afin de restaurer la paix des âmes et la paix civile en Pays d'Oc, Raymond VII s'engage à lutter contre l'hérésie en expulsant les hérétiques eux-mêmes mais aussi les croyants, les fauteurs, les hôtes, et cela sans distinction, qu'ils soient amis, proches parents ou vassaux. Il promet de faire enquêter par ses représentants pour trouver les hérétiques et afin de mieux les y inciter, il paiera deux marcs d'argent pendant deux ans puis un marc , la vie durant à qui prendra un hérétique. Il doit chasser les routiers et ôter toute charge publique aux hérétiques et aux juifs. Bien entendu, il promet de restituer au clergé les biens et les droits dont il l'avait dépossédé. Pour pénitence, le comte devra partir outre-mer en prenant la croix pour la Terre sainte. A cela viennent s'ajouter dix mille marcs d'argent de dommages et intérêts, et quatre mille marcs d'amende.

Une université, à la charge financière de Raymond VII sera créée à Toulouse. Ce n'était pas la seule université de l'église, mais celle-ci avait mission de former ceux qui veilleraient désormais à la sauvegarde de l'orthodoxie. Les clauses territoriales du Traité vont amenuiser considérablement les possessions du comte. Il ne gardera que le Haut Languedoc, et encore faut-il savoir que la restitution à Raymond de la moitié occidentale de ses domaines est soumise à des clauses successorales draconiennes.

Sa fille unique, Jeanne, épousera le frère du roi, Alphonse de Poitiers. Elle est déclarée unique héritière du comté. A la mort de Raymond VII, c'est son gendre, Alphonse de Poitiers qui deviendra comte de Toulouse, et lorsque celui-ci décédera à son tour, s'il n'a pas eu d'enfants avec Jeanne, le comté sera annexé au domaine royal.

Jeanne et Alphonse moururent en 1271 sans descendance.


LA LUTTE CONTRE L'HERESIE

Montségur, qui est devenu la résidence principale de son seigneur, Raymond de Péreille, va devenir l’ultime refuge languedocien des cathares.

En 1232, alors que sa famille et ses amis, tous profondément croyants, sont réunis autour de lui, il reçoit un message de Guilhabert de Castres l'invitant à le rejoindre dans la forêt de Gaja, au nord de Mirepoix.

Guilhabert de Castres et les quelque trente parfaits qui l'accompagnent vont demander à Raymond de Péreille de faire de Montségur "le siège et la tête" de l'église interdite.

Durant plus de dix ans, Montségur jouera parfaitement son rôle, à la fois refuge de la haute hiérarchie hérétique et résistance religieuse. Cette dernière allait clandestinement se développer et s'organiser dans le bas pays. Loin d'être cloîtré, ce lieu sera le théâtre d'incessantes allées et venues. Les bons hommes qui y reviennent, croisent ceux qui s'en vont à leur tour prêcher.

Montségur ressemblait à tous les villages de montagne, si ce n'est que ses habitants étaient des proscrits risquant le bûcher ou la prison perpétuelle.

A peu près à la même époque, en avril 1233 exactement, le Pape Grégoire IX envoya aux prieurs des frères prêcheurs une circulaire leur confiant la répression de l'hérésie.

D'un coté une religion interdite qui organise sa résistance depuis un sanctuaire apparemment inviolable, de l'autre la mise en place d'un système répressif, qui aura pour caractéristiques, la compétence de ses agents, leur disponibilité, leur opiniâtreté et leur totale indépendance. Là où les armes et la diplomatie n’avaient pas triomphé, c’est à dire dans le cœur des femmes et des hommes fidèles au catharisme, on allait user désormais d’une technique plus redoutable encore : celle de l’Inquisition.

Dominique Valienne

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